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Cinéma

Neige et cendres : En zones troubles

Grand Prix du jury à Slamdance, Snow & Ashes (Neige et cendres), premier film de Charles-Olivier Michaud, nous transporte du Québec aux Balkans.

Avant d’immortaliser le talent de Nico Archambault dans Sur le rythme, Charles-Olivier Michaud a fait sensation à travers le monde l’an dernier avec son premier long métrage, qui a recueilli de prestigieux prix avant d’être projeté lors de la dernière édition du FNC. Ayant mis plus d’un an à trouver preneur, Neige et cendres prend enfin l’affiche, nous faisant ainsi découvrir le talent brut d’un jeune cinéaste qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Si le film propose une incursion dans le bruit et la fureur d’un conflit guerrier aux Balkans, Neige et cendres, porté par l’apaisante musique de Louis Côté, fait la part belle au silence alors que la neige vient couvrir de son linceul les horreurs de la guerre: "Je suis un grand solitaire, un passionné du silence, un passionné de l’hiver, avoue le globetrotteur polyglotte de Saint-Romuald. Au départ, le film s’appelait Avant que la neige devienne cendres. J’ai eu l’idée du titre en voyant les premiers flocons de neige, gros comme des copeaux de cendre, tomber tandis que j’écrivais le scénario. Le tournage a été l’une des plus belles expériences de ma vie."

Sans doute une belle expérience que ce tournage dans les environs de Québec, mais néanmoins quelque peu éprouvante pour ceux qui se retrouvaient devant la caméra: "C’était vraiment la guerre, ce tournage de 25 jours, se rappelle l’acteur et producteur David-Alexandre Coiteux. Il faisait très froid et, faute de moyens, nous tournions dans des endroits déjà existants, comme cette remise abandonnée. Quand on y pense, la forêt et la neige, ce sont tout de même des décors qui valent des millions."

"On a fait des miracles avec pas grand-chose, assure le réalisateur. Oui, on est allé à la guerre, mais cela a été un beau combat où j’ai donné pleine liberté aux acteurs. Le premier jour de tournage, j’ai dit à Rhys Coiro (de la série Entourage) et à David-Alexandre de ne pas se soucier de moi. Avec une caméra nerveuse s’approchant des acteurs, je pouvais aller chercher des petits gestes, un regard. Je parle aux acteurs durant les scènes et le directeur Jean-François Lord s’inspire de ce que je dis pour capter certains détails. Je n’aime pas les plans statiques, c’est mon côté hyperactif."

À travers l’intrépidité des deux personnages, se révèle l’admiration de Michaud pour le photographe de guerre James Nachtwey, notamment lors d’une scène de fusillade où l’un d’eux oublie le danger afin de saisir la vérité sur pellicule.

"Cette scène-là illustre vraiment l’émotion que ces photographes ressentent. Je voulais toutefois éviter le sensationnalisme cool du film The Bang Bang Club. James Nachtwey, mon héros, n’est pas comme ça. Mes personnages sont toutefois plus cowboys que lui, qui est rationnel et froid, mon film ayant un côté western. Je ne voulais pas faire un commentaire sur la guerre, ni prendre position. Il s’agit d’une expérience humaine, d’un choc des cultures", affirme le réalisateur qui souhaite continuer à parler d’autres cultures à travers son cinéma.

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Émergeant du coma, un correspondant de guerre (Rhys Coiro, sobre) découvre que son ami et collègue photographe (David-Alexandre Coiteux, solide) n’est pas revenu du conflit armé qu’ils couvraient en Europe de l’Est. Fort de la caméra inquisitrice, indiscrète, voire insolente, de Jean-François Lord, Neige et cendres aborde de façon impressionniste le choc post-traumatique en nous plongeant dans les visions, rêves, souvenirs et mensonges d’un amnésique. Afin de souligner le caractère onirique de certains passages, Charles-Olivier Michaud alterne ingénieusement caméra numérique et Super 16 mm, n’hésitant pas à utiliser audacieusement la lentille afin d’éclabousser de lumière ses acteurs. En résulte un drame poignant, dépaysant, lyrique qui nous fait découvrir le talent plus que prometteur d’un jeune cinéaste qui n’en a que faire des frontières territoriales et linguistiques.

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