Poupoupidou : I Wanna Be Loved By You
Cinéma

Poupoupidou : I Wanna Be Loved By You

Après avoir réalisé son premier long métrage en 2006, Gérald Hustache-Mathieu revient à la charge avec Poupoupidou, un polar aux accents comiques qui n’est pas sans rappeler certaines oeuvres des frères Coen.

C’est une histoire tordue, du genre qui repose entièrement sur les maladresses et les hasards. David Rousseau (Jean-Paul Rouve), un écrivain de polars à succès en manque d’inspiration, se retrouve dans la ville de Mouthe – la ville la plus froide de France -, où il tente de comprendre les circonstances entourant la mort d’une jeune starlette locale (Sophie Quinton) dont le cadavre a été retrouvé entre les frontières suisses et françaises. Rapidement, les similitudes entre la vie de cette dernière et l’iconique Marilyn Monroe frappent l’écrivain, qui se laisse lentement gagner par l’idée que la jeune femme ne s’est peut-être pas suicidée, finalement.

Entre polar classique, suspense, comédie burlesque et romance à l’eau de rose, Poupoupidou accumule et mélange les genres dans un exercice iconoclaste résolument ludique et assumé. "Dans tout ce que je fais, raconte Gérald Hustache-Mathieu, je m’amuse à mélanger l’humour avec les choses tragiques, ou l’émotion avec les choses cocasses ou saugrenues. Même si cela correspond davantage avec l’expérience que nous avons de la vie, nous ne sommes pas habitués de voir cela au cinéma et je crois que, pour cette raison, mon film en déstabilisera peut-être certains."

En plus de situer celui-ci avec une certaine tendresse, dans une France résolument provinciale, Hustache-Mathieu laisse parler ses influences et inscrit son film, autant sur le plan du fond que de la forme, dans une quête d’américanité qui laisse entrevoir de façon plutôt limpide ses intérêts cinéphiliques: "Je suis amoureux de la France profonde comme les frères Coen – auxquels je suis particulièrement attaché – sont amoureux de leur Amérique profonde, explique-t-il. En raison de l’admiration que je leur porte, mais aussi parce que j’avais placé la figure de Marilyn Monroe – la déesse par excellence du cinéma américain – au centre de mon film, je n’ai pas cessé de rechercher l’Amérique, à Mouthe."

"Il faut dire que j’ai toujours été fasciné par la mythologie du cinéma américain, poursuit Hustache-Mathieu. En faisant référence à Marilyn Monroe, c’est aussi le rêve américain et tout un pan de l’âge d’or du cinéma américain que je mettais en scène. Motivé par ce défi, j’ai cherché, non pas à singer le cinéma américain, mais à construire une mythologie nouvelle qui serait, en quelque sorte, sa petite cousine. En ce sens, mais aussi en raison des liens qui unissent les deux principaux protagonistes, je dirais que mon film est d’abord et avant tout une oeuvre romantique."

À voir si vous aimez /
Bellamy de Claude Chabrol, Fargo de Joel et Ethan Coen, Insomnia de Christopher Nolan.

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Même s’il n’atteint pas le même niveau d’excellence que les nombreux maîtres qui l’ont visiblement influencé dans son exécution, Poupoupidou, du réalisateur français Gérald Hustache-Mathieu (Avril), a de quoi ravir par l’authenticité de l’univers qu’il exploite, la franche liberté de ton qu’il emploie et les nombreuses références cinéphiliques qui le traversent. Lorsqu’il s’égare dans un burlesque dissonant, dans des raccourcis scénaristiques agaçants ou dans des artifices de narrations incongrus, on détourne nécessairement la faute sur Hustache-Mathieu, qui semble avoir cette capacité de se transformer périodiquement, alors qu’il semble pourtant en parfait contrôle, en son pire ennemi. Un meilleur dosage dans la rencontre et l’explosion des genres devrait faire l’affaire pour le futur, alors que tout le reste est déjà en place pour l’élaboration d’une signature unique dans le paysage cinématographique français.