Roschdy Zem / Omar m'a tuer : En lettres de sang
Cinéma

Roschdy Zem / Omar m’a tuer : En lettres de sang

Deuxième film de Roschdy Zem, Omar m’a tuer illustre un fait divers ayant passionné la France au début des années 90 et sur lequel plane encore un grand mystère.

En juin 1991, le corps d’une riche veuve, Ghislaine Marchal, est retrouvé dans la cave de sa villa de Mougins. Avant de mourir, elle aurait écrit avec son sang: "Omar m’a tuer". Quelques jours plus tard, Omar Raddad, modeste jardinier marocain analphabète, est arrêté pour le meurtre sauvage de sa patronne, bien qu’on ne retrouve pas une goutte de sang sur ses vêtements.

"D’après les sondages effectués à l’époque, environ 60% des Français croyaient en l’innocence de Raddad, explique Roschdy Zem, de passage pour la première fois à Montréal. C’est un fait divers qui avait pris une place très importante dans les médias, à cause de la conception du crime, de cette inscription et de cette faute d’orthographe."

S’étant emparé de l’affaire à quelques semaines du procès en 1994, le célèbre avocat Jacques Vergès ne fut certes pas étranger à ce tourbillon médiatique: "Effectivement, cela a donné une dimension supplémentaire à l’affaire. Au final, cela a porté préjudice à Raddad parce que Vergès est un homme qui a toujours combattu contre la France. Au fond, il a fait le procès de la France s’attaquant à un pauvre jardinier marocain. Du coup, on a occulté toutes les zones d’ombre qui auraient pu remettre en cause le verdict."

Des zones d’ombre, on ne peut pas dire qu’il y en ait dans Omar m’a tuer alors que l’on suit, parallèlement au procès de Raddad, les recherches auxquelles se livra un romancier afin de révéler les lacunes de l’enquête. En sortant de la projection, on ne peut que prendre parti pour l’accusé: "Il y a toujours des réfractaires, mais c’est vrai que je n’ai rencontré aucune opposition. J’ai fait une trentaine de villes en France avec mon film pour rencontrer le public; j’aurais aimé pouvoir débattre de façon conflictuelle."

Roschdy Zem résume ainsi les raisons de l’enquête bâclée: "Les gendarmes qui étaient sur l’affaire n’ont pas anticipé le déploiement médiatique qu’il allait y avoir autour de cette affaire. Comme il y avait une inscription désignant le coupable, pour eux, c’était la fin de l’histoire. Plutôt que d’assumer leurs erreurs, les enquêteurs et le juge d’instruction se sont enterrés dans leurs arguments. Tous les indices qui auraient pu déculpabiliser Omar Raddad ont été détruits."

Pourtant, deux ADN masculins ne correspondant pas à Omar Raddad ont été retrouvés sur les lieux du crime. Alors qu’on a mis deux jours pour retrouver le voleur du scooter du fils de Sarkozy, grâce aux traces d’ADN, comme le rappelle le réalisateur, on attend encore les résultats de l’analyse…

"À la sortie du film, le ministère de la Justice a décidé de faire analyser ces ADN. Cette demande avait été faite en 2002 par les avocats d’Omar Raddad et acceptée en 2011. On n’a jamais réussi à prouver la culpabilité d’Omar ni son innocence. Je ne veux pas m’emballer, mais j’espère que ce film l’aura aidé. En tout cas, c’est son dernier recours."

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La fille du RER d’André Téchiné, L’avocat de la terreur de Barbet Schroeder, The Hurricane de Norman Jewison

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On peut reprocher certaines choses à Roschdy Zem. Notamment un certain didactisme dans la mise en scène, laquelle alterne mécaniquement le procès d’Omar Raddad (bouleversant Sami Bouajila) et l’enquête d’un journaliste du Figaro (flamboyant Denis Podalydès). On peut même lui en vouloir de parfois manquer de nuance, de souligner à gros traits certains faits. Et encore de ne pas avoir utilisé à sa pleine mesure le personnage de Jacques Vergès (surprenant Maurice Bénichou). Au final, on ne peut que saluer la sincérité de l’entreprise, sa volonté de dénoncer l’injustice et les conditions insalubres des prisons françaises, de donner un visage humain, digne et noble à un homme se battant contre plus grand que lui. Plus encore, d’avoir pu nous animer d’un sentiment de tristesse et de colère.

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