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Cinéma

Jean-Philippe Pearson et Michel Barrette / Le bonheur des autres : En terrain connu

Pour son premier long métrage, Le bonheur des autres, l’acteur-scénariste Jean-Philippe Pearson dirige Michel Barrette en patriarche d’une famille éclatée.

Depuis qu’il s’est fait connaître avec Québec-Montréal et Horloge biologique, Jean-Philippe Pearson s’est fait plutôt discret dans le paysage médiatique québécois. Alors que ses comparses Patrice Robitaille et Ricardo Trogi accumulaient, pour l’un, les rôles marquants, pour l’autre, les réalisations incontournables, lui s’est plutôt contenté de retrouver son ordinateur et de développer le projet sur le divorce qu’il avait en tête depuis quelque temps déjà.

"En fait, raconte Jean-Philippe Pearson, j’ai proposé à Patrice et Ricardo d’écrire un film sur cette thématique avant même que nous nous attaquions à Horloge biologique, mais comme ils n’étaient jamais passés par là dans leur enfance, ils n’étaient pas tellement à l’aise d’aborder ce sujet. C’est donc après Horloge biologique que j’ai véritablement commencé à travailler sur ce projet."

Cinq ans plus tard, c’est un film sur le divorce, mais aussi et surtout sur la tentative d’un homme mûr (Michel Barrette) de recommencer sa vie avec une femme plus jeune (Julie Le Breton) que lui – et ce, malgré les résistances de son entourage -, qui voit le jour. "Je pense que ces cinq années de réflexion m’ont beaucoup servi, confie Pearson, puisqu’elles m’ont permis d’écrire plusieurs versions du film et d’explorer vraiment tout ce que je pouvais avec l’histoire que j’avais en tête."

La maturité

Du lot des collaborateurs de Pearson, il faut souligner l’apport de Michel Barrette qui, en plus d’interpréter le personnage principal, a également été impliqué dans le processus de création: "Lorsqu’il m’a proposé de participer au film, raconte ce dernier, Jean-Philippe en était encore à l’écriture du scénario. Comme il savait que j’avais déjà vécu un divorce et que j’avais, en quelque sorte, recommencé ma vie avec une femme plus jeune que moi, il n’a pas hésité à me poser des questions sur mon expérience et la façon dont mes enfants avaient vécu ces épreuves."

Après avoir joué des rôles-clés dans des films importants comme À l’origine d’un cri et Je me souviens, Michel Barrette sent qu’il peut aujourd’hui se considérer comme un acteur à part entière. "Ça fait quelques années que j’ai décidé d’arrêter de me défendre d’être un humoriste qui joue aux acteurs. Après tout, le syndrome de l’imposteur, ça n’a plus vraiment de sens quand on a joué dans plus de sept séries télévisées et seize longs métrages. Parfois, je repense à tout ça et je me dis que si je n’avais pas fait d’humour dans ma vie, j’aurais quand même eu une maudite belle carrière d’acteur. En plus, je suis vraiment choyé puisqu’on m’offre de plus en plus de rôles comme celui-ci qui m’obligent à aller fouiller en dedans de moi pour être encore meilleur."

Le cinéma… des autres

En plus de mettre en vedette Michel Barrette et Julie Le Breton, Le bonheur des autres réserve des rôles de soutien intéressants à des acteurs chevronnés comme Louise Portal, Germain Houde, Marc-André Grondin, Ève Duranceau et Stéphane Breton. S’il fallait trouver une constante entre tous ces personnages, il faudrait certainement pointer leur capacité à exprimer de façon simple et éloquente les sentiments complexes qui les rongent depuis trop longtemps.

"J’ai effectivement beaucoup travaillé sur les dialogues, confirme Jean-Philippe Pearson. J’ai toujours préféré les films moyens dans lesquels il y a de bons dialogues aux excellents films dans lesquels il n’y a que des dialogues pauvres. Pour cette raison, j’avoue aimer particulièrement le cinéma d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (qui ont notamment signé le scénario du Goût des autres). C’est un cinéma qui me parle énormément et dans lequel il y a de véritables fragments d’humanité."

Au bout du compte, Jean-Philippe Pearson croit avoir livré le film nuancé qu’il avait en tête: "Je pense qu’il n’y a pas de bons ou de méchants personnages dans le film. Ils sont tous assez complexes pour qu’on les endosse à certains moments et qu’on doute de leurs actions à d’autres moments. C’est une chose à laquelle je tenais."

À voir si vous aimez /
Horloge biologique de Ricardo Trogi, Le grand départ de Claude Meunier, Le sphinx de Louis Saia

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Pour quelques répliques d’une implacable vérité, comme lors de cette confrontation entre le père et le fils (Michel Barrette et Marc-André Grondin), on devra endurer bien des scènes anecdotiques, dont certaines d’une fantaisie plaquée, d’autres d’un érotisme embarrassant, semblant tirées d’un téléroman lourdaud. En prenant ainsi son temps pour installer les personnages dans leurs milieux respectifs, Jean-Philippe Pearson dilue la sauce et retarde le moment où il plongera réellement au coeur du sujet, soit les dommages collatéraux d’un divorce. Et lorsqu’arrive enfin le temps de conclure, lors d’un pique-nique bucolique, on ressent l’amère impression que Pearson se fait le gardien d’une morale bien-pensante plutôt que d’avoir servi un portrait émouvant et amusant d’une famille éclatée. Aux prises avec des personnages unidimensionnels, les acteurs s’en tirent avec honneur. (Manon Dumais)