Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
Cinéma

Marc Forster / Machine Gun Preacher : Le soldat de l’espoir

Machine Gun Preacher, de Marc Forster, raconte le fabuleux destin d’un motard américain devenu sauveteur d’enfants au Soudan.

En février dernier, sortait sur nos écrans le documentaire Grace, Milly, Lucy… des fillettes soldates où Raymonde Provencher donnait la parole à de jeunes Ougandaises enlevées par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Au cours de l’entretien, on sentait parfaitement le sentiment de colère animant la réalisatrice face à l’indifférence de la communauté internationale et à la liberté dont jouit Joseph Kony, chef de la LRA. Cette rage, Marc Forster l’a ressentie en se rendant au Soudan pour le tournage de Machine Gun Prayer, où il a rencontré des enfants victimes des crimes de Kony.

"Vous ne pouvez qu’être profondément affecté au retour, assure-t-il au cours d’un entretien au Festival international du film de Toronto. Ce qui se passe là-bas est si dément que j’ai dû amoindrir la violence afin que ce soit présentable à l’écran. Je crois que Joseph Kony est un fou et j’espère qu’on lui mettra la main au collet afin de le traîner devant la justice. Cela dit, je crains que cela n’arrive jamais; il sera sans doute assassiné sans avoir eu de procès."

"Quand j’ai quitté le Soudan, poursuit-il, j’ai ressenti le besoin de raconter cette histoire. Je ne pouvais pas tourner le dos à tout ce que j’avais vu. Dans le New York Times, on a écrit que le Soudan avait besoin d’un tremblement de terre afin que le monde prenne conscience de la situation. La communauté internationale s’est empressée d’aider Haïti après le séisme, mais demeure indifférente face au sort du Soudan. Pourtant, Joseph Kony a tué près d’un demi-million de gens. C’est dément!"

Bien que son récit puisse paraître incroyable, Machine Gun Prayer relate la véritable histoire de Sam Childers (Gerard Butler), motard illettré et alcoolique qui, après avoir découvert la religion grâce à sa femme (Michelle Monaghan) à sa sortie de prison, s’est engagé à sauver les jeunes victimes du conflit armé au Soudan. Ayant rescapé des centaines d’enfants jusqu’à ce jour, l’homme se révèle toutefois une figure controversée en raison de ses méthodes violentes lui ayant valu le surnom de Rambo d’Afrique.

À la fin du film, Forster dévoile le vrai visage de Childers alors que celui-ci demande: "Si je pouvais ramener votre enfant victime d’enlèvement, vous soucieriez-vous de la manière dont je le ferais?" "Cette phrase, Sam Childers me l’a balancée lors d’une discussion où je remettais en question ses méthodes. J’ai moi-même une fille, alors que puis-je répondre? Ces enfants sont battus, violés, brûlés vifs. Vous imaginez?"

Même s’il trouve ses méthodes contestables, Marc Forster éprouve beaucoup de respect pour Sam Childers: "C’est facile de juger cet homme qui utilise la violence pour combattre la violence, surtout lorsqu’on sait que la violence engendre la violence. Un jour, il m’a expliqué que l’ONU et les ONG ne faisant rien, il se rendait à des endroits où personne n’ose aller afin d’aller chercher ces enfants. C’est facile de juger du haut de notre confort, mais au Soudan, c’est tout autre chose."

À voir si vous aimez /
Monster’s Ball de Marc Forster, First Blood de Ted Kotcheff, Law Abiding Citizen de F. Gary Gray

ooo

À plusieurs reprises durant Machine Gun Preacher, il faudra se répéter que l’histoire que met en scène Marc Forster est bel et bien véridique afin de ne pas croire qu’il s’agit là d’un hommage à la franchise Rambo. Certes, le héros, défendu par un Gerard Butler en mode 300 (on se surprend à ne pas l’entendre hurler "This is Sudan!"), est plus grand que nature et l’horreur dont sont victimes les jeunes Soudanais dépasse l’entendement. Toutefois, en condensant grossièrement les grandes étapes de la vie de Sam Childers, Marc Forster et le scénariste Jason Keller ont accouché d’un pétaradant film d’action sans nuance où l’aide humanitaire sert de prétexte à une violence spectaculaire. En revanche, si c’est ce qu’il faut pour ouvrir les yeux sur la situation au Soudan, Marc Forster n’aura pas fait beaucoup de bruit pour rien.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie