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Cinéma

Surviving Progress : État d’alerte

Le progrès est-il toujours celui que l’on croit? Pas nécessairement, selon Mathieu Roy, réalisateur du documentaire Surviving Progress.

Lorsque le producteur Daniel Louis l’a approché pour lui offrir de réaliser un documentaire sur la question du progrès, Mathieu Roy a ressenti comme un vertige devant l’ampleur de la tâche et s’est interrogé à savoir s’il était réellement possible de faire un film sur ce sujet.

"La première question que je me suis posée a été: par où commencer? C’est un sujet tellement immense que je ne savais pas par quel bout le prendre, explique le réalisateur. Et puis, j’avais entendu dire que Denys Arcand avait refusé le projet parce qu’il le croyait impossible à synthétiser et je savais que François Girard l’avait aussi refusé parce que c’était lui qui avait suggéré mon nom à la production. C’était un départ pour le moins intimidant."

Avant de s’attaquer de front à la recherche pour son documentaire, Mathieu Roy fait un détour par New York où il rend visite à Martin Scorsese, qu’il connaît depuis l’époque où il était son assistant personnel sur le tournage de The Aviator. Même s’il est occupé à diriger le plateau de The Departed, Mathieu Roy ose lui confier un exemplaire du livre qui a inspiré le projet – A Short History of Progress, de l’auteur canadien Ronald Wright -, dans l’espoir d’attirer son attention. "Il avait tout lu le lendemain matin, se souvient le cinéaste en souriant. Fasciné par le livre, il m’a aussitôt proposé d’associer son nom au projet pour faciliter le financement du film…"

Ce n’est cependant qu’après que le producteur Mark Achbar (réalisateur de The Corporation et Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media) et le scénariste Harold Crooks (The Corporation, Pax Americana and the Weaponization of Space) se furent ajoutés au projet que la machine s’est définitivement mise en marche: "En premier lieu, il fallait faire nos recherches et nous assurer de la qualité de notre argumentaire. Il nous a fallu près de six ans et demi pour effectuer le travail."

On imagine que c’est le genre de besogne qu’il faut accomplir lorsqu’on envisage de mettre en relation les balbutiements de l’humanité et la dernière crise économique mondiale.

"Malgré toutes nos recherches, nous ne souhaitions pas faire une leçon d’histoire. Nous souhaitions plutôt ancrer le film dans le présent et l’orienter vers le futur afin de laisser la parole à des activistes et des penseurs contemporains qui avaient des pistes de solution à proposer pour contrer les dérives du progrès."

Entre analyses et critiques, le réalisateur laisse aussi de l’espace pour que le cinéma appuie le discours et fasse éclater le sens par la démonstration. "Pour moi, c’était extrêmement important qu’il y ait des moments de cinéma direct dans le film, puisque c’est un documentaire assez dense et qu’il fallait bien le laisser respirer quelque part."

Venant d’un réalisateur qui cite David Lynch et Ron Fricke parmi ses influences, et qui a pu bénéficier des conseils de Martin Scorsese et de François Girard en cours de production, on ne s’étonne guère d’une telle préoccupation dialectique.

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Colossale ambition que de vouloir résumer en moins de deux heures les "pièges du progrès", pour reprendre l’expression de Ronald Wright, tout en permettant aux Margaret Atwood, David Suzuki, Jane Goodall, Stephen Hawking et compagnie d’avancer quelques solutions pouvant empêcher notre société de disparaître comme les civilisations anciennes. Si Mathieu Roy et Harold Crooks ont tenu leur pari, le résultat se révèle d’une densité telle qu’on voudra sans doute se rabattre sur le livre de Wright afin de s’y plonger à tête reposée. Hormis quelques images d’archives apportant une touche ludique à l’ensemble, le tout demeure d’une sécheresse absolue. Heureusement que certains intervenants, tel Vaclav Smil, pimentent leurs propos d’une pointe d’humour, car malgré les solutions proposées, le futur s’annonce bien noir pour la grande famille humaine… Puisse Surviving Progress réveiller quelques consciences. (Manon Dumais)

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