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Une vie meilleure : L'enfant
Cinéma

Une vie meilleure : L’enfant

Dans Une vie meilleure, Cédric Kahn esquisse le portrait sombre légèrement teinté d’espoir d’un homme prêt à tout pour  réussir.

Enfant de la DDASS (Direction départementale des Affaires sanitaires et sociales), Yann (Guillaume Canet) ne l’a jamais eue facile. Sa rencontre avec Nadia (Leïla Bekhti), immigrante libanaise élevant seule son fils Slimane (Slimane Khettabi), lui donnera la force d’ouvrir un restaurant en banlieue de Paris. Malheureusement, tout n’ira pas comme prévu et tandis que Yann tentera d’éponger leurs dettes, Nadia acceptera d’aller travailler au Canada en lui confiant la garde de Slimane.

Devant ce récit de deux jeunes ambitieux voyant leurs rêves leur éclater au visage, il est difficile de ne pas éprouver de la tristesse et de la colère. Haut taux de chômage, surendettement, difficile immersion des immigrants: c’est ça, la France de ceux qui se lèvent tôt?

"On ne peut pas tout mettre sur le dos de Sarkozy parce qu’on n’arrive pas dans une telle situation du jour au lendemain, répondait Cédric Kahn, rencontré au Festival international du film de Toronto. Je ne crois pas que les politiques sont responsables de tout, mais c’est sûr que Sarkozy, ça n’a pas arrangé les choses. En fait, tout l’Occident est en crise; je crois que tout ce que je raconte dans le film n’est pas propre à la France."

Jeune actrice comblée de pouvoir exercer un métier qu’elle a choisi et qu’elle aime, Leïla Bekhti poursuit: "En Occident, c’est difficile de vivre normalement. Ce film n’est effectivement pas une comédie, mais pour moi, c’est un film lucide et rempli d’espoir, et ça, ça m’a vraiment touchée. C’est beau, se lever tôt, mais parfois on cherche avec la meilleure volonté du monde et ça ne marche pas."

Ce qui permettra à Yann et Nadia de se battre ardemment pour leur survie, c’est le bien-être de Slimane, qui trouve enfin une figure paternelle chez Yann: "Cet amour est pour moi le plus grand message d’espoir du film, affirme le réalisateur, cette capacité de créer un lien familial, filial alors que ce n’est pas un lien de sang. Le projet de départ, c’est la famille. Finalement, l’argent, la réussite financière, c’est anecdotique. Yann et Nadia font l’apprentissage de se détacher de cette ambition-là. Pour moi, l’idéal, ce serait que le spectateur en fasse autant."

L’actrice abonde dans le même sens: "Quand on dit que l’amour donne des ailes, c’est vrai. L’espérance de cette histoire, c’est l’enfant. Elle est prête à tout pour son enfant, il est prêt à tout pour cet enfant qui n’est pas le sien. Pour moi, la vie, c’est une quête d’identité perpétuelle."

Et le Canada dans tout ça? "Yann a des rêves de petit garçon; c’est comme un conte. Or, ce conte va buter contre le rocher de la réalité. La perte des illusions revient souvent dans mes films. À l’arrivée au Canada, avec la neige, les grands espaces, on est de nouveau dans le conte. Pour moi, ce qui est important à la fin du film, c’est que Yann devienne un homme. À partir de là, tout est possible", conclut Cédric Kahn.

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Une vie meilleure

Une belle lumière chaude caresse les images d’Une vie meilleure. Et pourtant, l’histoire d’amour que nous raconte Cédric Kahn ne se situe pas dans un cadre enchanteur. De fait, à travers le destin de Yann (Guillaume Canet, à fleur de peau) et Nadia (Leïla Bekhti, émouvante), surendettés après l’achat d’un resto, Kahn nous entraîne dans les appartements crades de Paris et les bureaux glaciaux des conseillers financiers. Après le départ de Nadia pour le Canada, le récit se concentre sur la relation entre Yann et Slimane (Slimane Khettabi, attachant). Si ce prenant et mélancolique portrait d’homme à la recherche de dignité est raconté avec tact et sensibilité, le récit s’en trouve toutefois ralenti, voire alourdi, et frôle de près l’anecdotique. Échappant à l’envie de nous faire la leçon, Kahn propose une conclusion ouverte légèrement teintée d’espoir.

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