La peur de l'eau : L'île noire
Cinéma

La peur de l’eau : L’île noire

Si le roman policier est devenu un genre littéraire incontournable depuis les premières publications d’Arthur Conan Doyle à la fin des années 1800, il est aussi vrai que les adaptations cinématographiques des romans appartenant à ce genre pullulent à travers le monde depuis presque aussi  longtemps.

Et notamment chez nos voisins du sud, où la publication d’un polar qui remporte un certain succès se voit presque automatiquement accompagnée d’une promesse d’adaptation pour le grand écran, l’industrie ne doutant plus des capacités du genre à attirer les spectateurs dans les salles. Pourtant, ce phénomène n’a jamais véritablement eu d’écho chez nous, alors que les ouvrages d’auteurs comme Jacques Côté, pour ne nommer que celui-là, n’ont jamais bénéficié d’une telle chance.

En adaptant On finit toujours par payer, troisième ouvrage pour adultes du romancier Jean Lemieux, le cinéaste Gabriel Pelletier (Ma tante Aline, Karmina 1 et 2) espérait combler une lacune qu’il avait remarquée dans notre cinématographie: "Jusqu’à ce jour, explique-t-il, il ne s’est pratiquement pas fait de films policiers chez nous. J’avais l’impression qu’avec La peur de l’eau, je venais en quelque sorte pallier ce manque."

Du roman au film

C’est après qu’il eut lu La lune rouge, premier roman policier de Lemieux, que l’idée a commencé à germer dans l’esprit de Gabriel Pelletier: "En fait, c’est ce roman-là que je voulais d’abord adapter, mais comme les droits n’étaient pas disponibles, on m’a envoyé un exemplaire d’On finit toujours par payer en me disant que celui-là pourrait m’intéresser aussi. Je l’ai adoré. C’était un livre plus lumineux dans lequel il y avait à mon avis une galerie de personnages plus intéressante encore que dans le premier. Et puis, parce qu’il se déroulait aux Îles-de-la-Madeleine plutôt qu’uniquement sur L’Île-d’Entrée – où l’on parle davantage anglais que français -, c’était un livre beaucoup plus facile à adapter."

Avec l’aide du réputé scénariste Marcel Beaulieu (Mémoires affectives, Dans le ventre du dragon), le cinéaste s’est attelé à la lourde tâche de transmuer le récit du roman en un scénario de film: "L’écriture a vraiment été un casse-tête, confie Gabriel Pelletier. Pour bien mettre en place l’énigme, il fallait se placer dans la peau du spectateur et tenter d’anticiper avec précision ses réactions à tel ou tel autre moment du récit. Heureusement, la structure du roman était déjà très solide."

"En fait, le plus difficile, poursuit-il, a été de trouver le ton qui convenait le mieux au projet. De ce côté, Marcel Beaulieu a été d’un grand soutien puisque c’est lui qui, en écrivant les dialogues, a trouvé ce que nous cherchions, soit quelque chose qui se rapprochait autant que possible du Fargo des frères Coen et s’éloignait autant que possible des produits platement sophistiqués comme CSI."

La peur de l’eau

À force de réécriture, le scénario final de La peur de l’eau a finalement vu le jour. Comme dans le roman, c’est la découverte d’un cadavre – celui de la jeune Rosalie Richard (Stéphanie Lapointe) – qui lance le bal. Arrivés les premiers sur les lieux du crime, le sergent André Surprenant (Pierre-François Legendre) et sa partenaire Geneviève Savoie (Brigitte Pogonat) sont investis de l’enquête, jusqu’à ce que leur supérieur, le lieutenant Asselin (Michel Laperrière), fasse appel à un sergent-détective de Montréal (Normand D’Amour) pour mener l’affaire. Avec une intelligence et une acuité qu’on ne lui connaît pas, André Surprenant se lance malgré tout sur les traces du coupable.

S’il convient qu’au départ, le sergent Surprenant n’est pas très différent des personnages qu’il a l’habitude de camper, Pierre-François Legendre souligne que l’enquête est, pour celui-ci, une occasion d’évoluer et de se transformer en un meilleur être humain: "À la base, explique-t-il, c’est un Québécois moyen, ordinaire, un peu maladroit, un peu mou et qui a une mentalité de perdant. Mais ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est justement qu’il évolue, qu’il n’est pas prisonnier de ce moule."

"André Surprenant, poursuit Legendre, c’est un homme très intelligent et très cartésien, mais qui a plein de problèmes et qui n’a pas confiance en lui. C’est aussi une personne remplie de contradictions. On parle ici d’un gars qui vit sur une île, mais qui a peur de l’eau! Le meurtre qui lui tombe sur la tête, c’est une occasion pour lui d’affronter ses peurs et de réapprendre à être un être humain comme les autres."

"L’eau, poursuit Gabriel Pelletier, est présente dans presque tous les plans du film. Elle symbolise ultimement les limites que le personnage doit franchir afin de résoudre le meurtre et de remettre sa vie sur les rails."

Proximité et isolement

Parce qu’il avait une vision très précise du décor dans lequel devait se dérouler le film, Gabriel Pelletier a insisté pour que la majorité du tournage se fasse aux Îles-de-la-Madeleine… mais en automne. "Je ne voulais surtout pas filmer cet endroit de façon bucolique, dit-il. Je voulais qu’on sente le vent et le froid, qu’on voie la pluie et les ciels sombres et inquiétants qui sont parfois la réalité de ces îles. De ce côté, on a été servis puisqu’on a commencé le tournage dans l’ouragan Earl et qu’on l’a terminé dans l’ouragan Igor!"

"Je pense que nous avons véritablement commencé à comprendre nos personnages quand nous sommes finalement arrivés aux Îles-de-la-Madeleine, ajoute Stéphanie Lapointe, alias Rosalie Richard, la victime. Pour que pratiquement tous les personnages d’un film aient de bonnes raisons de vouloir enlever la vie à quelqu’un, il faut nécessairement que les relations qui les unissent soient troubles. Le fait de vivre sur une île, d’être isolé mais aussi d’être toujours à proximité des mêmes personnes, je crois que c’est ce qui explique, ultimement, les rapports particuliers qu’entretiennent nos personnages entre eux."

Gabriel Pelletier abonde dans le même sens: "C’est un peu tout ça qui est à l’origine du drame et de la complexité de l’intrigue. C’est là tout l’intérêt des polars: découvrir des lieux, des endroits, suivre l’enquête d’un personnage sympathique comme Surprenant et le voir résoudre le crime à la manière d’un Hercule Poirot, grâce à son intelligence et à la qualité de ses réflexions."

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