L'art d'aimer : Je t'aime… moi non plus
Cinéma

L’art d’aimer : Je t’aime… moi non plus

Avec L’art d’aimer, son septième long métrage, Emmanuel Mouret poursuit son exploration ludique et fantasmée des thématiques de l’amour et de l’amitié.

Comme cela est souvent le cas chez les grands auteurs, Emmanuel Mouret est prisonnier de certaines obsessions qui traversent l’ensemble de ses films. S’il faut placer sa fascination pour les thématiques de l’amour et de l’amitié dans le lot, encore faut-il préciser qu’il ne les explore toujours qu’à la condition de rejoindre l’univers parfaitement candide qu’il a peaufiné au fil des années et qui caractérise aujourd’hui si bien son oeuvre. Pour l’auteur-cinéaste, cet endroit magique, où peuvent survenir avec une égale jouissance toutes les digressions, n’est pas qu’un lieu de fantasmes: il est aussi la raison même du cinéma.

"Pour moi, raconte-t-il, le cinéma est encore relié à l’enfance. Le cinéma n’est pas la vie, mais un outil pour mieux s’émerveiller devant la vie. Malgré le côté sombre et douloureux de notre existence, je crois que la simple vision d’une femme ou d’un couple amoureux peut nous emplir d’un désir qui nous fera oublier tout le reste. C’est ce plaisir, cet oubli que je recherche au cinéma. Pour ce qui est de la candeur de mes personnages, je dirais qu’elle est l’expression de notre propre candeur intérieure puisque je crois que nous sommes, vis-à-vis de nous-mêmes et de façon extrêmement personnelle, relativement candides."

"Mais même si nous aimons d’autres personnes, que nous sommes unis par l’amour ou par l’amitié, il y a une frontière, marquée par le corps ou par le visage, qui restera toujours impénétrable. L’autre est toujours un inconnu, au fond, et c’est pour cela que nous sommes toujours en train d’interpréter ce qu’il y a derrière les visages, derrière les mots. Mes films sont extrêmement verbeux, mais même si les dialogues s’y accumulent, je crois que mon cinéma demeure un cinéma du non-dit. Les mots sont comme les visages: ils obstruent l’accès à la vérité."

Ces nombreux obstacles à la vérité, Emmanuel Mouret les traduit en faisant emprunter à ses personnages des parcours toujours plus sinueux: "Avec Emmanuel, explique la délicieuse Frédérique Bel, le chemin le plus court entre le point A et le point B est toujours le chemin le plus long! Certaines personnes trouveront peut-être ça angoissant, mais en même temps, c’est là tout l’intérêt de ses films!"

Avis à ses détracteurs, L’art d’aimer ne fait pas exception à la règle, même qu’il sublime encore davantage le procédé: "Ce que je recherche d’abord et avant tout, explique-t-il, c’est l’étrangeté à l’intérieur de situations communes. C’est une étrangeté qui doit être drôle et émouvante à la fois. On rit, mais parfois les personnages sont dans des moments de faiblesse ou de désarroi qui ne sont plus très drôles…"

Contrairement à ses autres films, L’art d’aimer est une suite de saynètes dont l’organisation pourrait aussi rappeler le recueil de nouvelles: "Ce qui m’intéressait cette fois, c’était de prendre six ou sept idées, de les relier grâce à ce titre emprunté à Ovide (L’art d’aimer) et à un narrateur omniscient, et d’aller directement au coeur des histoires."

Avec des acteurs comme François Cluzet, Julie Depardieu, Judith Godrèche, Gaspard Ulliel et Pascale Arbillot pour jouer le jeu, Emmanuel Mouret s’est indéniablement assuré de notre plaisir!

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L’art d’aimer

S’il faut considérer la filmographie d’Emmanuel Mouret (Un baiser s’il vous plaît, Fais-moi plaisir!) dans son ensemble, L’art d’aimer est sans doute celui qui résume le mieux les préoccupations et les thématiques qui traversent son oeuvre. Ici, comme toujours, l’univers candide et hédoniste de l’auteur-cinéaste, de même que son style élégant et digressif, s’offre à nous dès le premier regard et confirme, comme si besoin était, la preuve de l’immense cohérence de sa démarche. Empruntant la forme d’un recueil de nouvelles – la référence n’est pas fortuite, considérant ses influences -, L’art d’aimer enchaîne, à coups d’intertitres et de commentaires d’un narrateur omniscient particulièrement lettré, les histoires cocasses où l’humour décalé et les malaises se font toujours l’écho des désirs profonds de personnages prisonniers de leur destin. Comme toujours, c’est jouissif, amusant et, avouons-le, attendrissant.

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