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Cinéma

We Need to Talk About Kevin : Le fils maudit

L’extraordinaire Tilda Swinton porte sur ses épaules We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay, adaptation du roman-choc de Lionel Shriver.

Dans We Need to Talk About Kevin, roman de Lionel Shriver, une femme raconte, dans une série de lettres envoyées à son ex-mari, son expérience pour le moins malheureuse de la maternité. Le propos est douloureusement lucide, le ton, souvent sarcastique. Sans faux-fuyants, elle relate les tragiques événements qui l’ont séparée des siens.

Ayant préservé l’essence du personnage et l’esprit du roman, Lynne Ramsey (Ratcatcher, Morvern Callar) fait de Tilda Swinton, grande oubliée de la prochaine cérémonie des Oscars, le solide pilier de son film qui en secouera sans doute plus d’un. Et ce, malgré quelques excès stylistiques. De fait, il est difficile de demeurer indifférent devant ce portrait en mosaïque d’une femme ayant tout sacrifié pour son fils, tour à tour interprété par Rock Duer, Jasper Newell et Ezra Miller. Ce dernier partage d’ailleurs avec Swinton une troublante beauté androgyne que la cinéaste souligne plus d’une fois.

Par une série de flash-back, les moments heureux avec son mari (John C. Reilly, débonnaire) et moins heureux avec leurs enfants (les ci-dessus nommés et la mignonne Ashley Gerasimovich), et d’images récurrentes d’abord incompréhensibles, nous est raconté ce qui a mené cette femme à être condamnée par la société, à subir chaque jour l’humiliation.

Certes, le symbolisme est un peu lourd et par moments lassant. Ainsi Ramsay se complaît-elle à illustrer la psyché de cette mère par toutes ces taches de tomate (les premières scènes nous montrent Swinton en extase lors de la fête de la Tomatina en Espagne), de peinture rouge, de vin rouge et de sang. Cependant, les scènes de confrontation entre la mère et son fils, qui se révèle dès son tout jeune âge un sociopathe en devenir, glacent le sang. Il est vrai que Ramsay enrobe le tout d’effets sonores aussi inquiétants qu’hypnotiques, lesquels confèrent un aspect à la fois onirique et horrifiant à l’ensemble.

Bien qu’on devine l’issue du drame par une suite d’indices éloquents et en recollant un à un les morceaux du casse-tête, on ne peut s’empêcher d’être captivé et troublé par cette lente descente aux enfers. D’autant plus que le film nous abandonne à nos réflexions sur l’instinct maternel et sur la part de responsabilité des parents dans les actes de leurs enfants.

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