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Cinéma

L’empire Bo$$é : La couleur de l’argent

Réalisé par Claude Desrosiers, L’empire Bo$$é met en vedette Guy A. Lepage dans le rôle d’un puissant bandit à cravate. L’indignation serait-elle un bon moteur pour une comédie sur l’éthique? Parions que oui…

Précédé d’une campagne de promotion pour le moins originale, incluant site Internet de l’entreprise de Bernard Bossé, comptes Twitter des membres de son entourage et manifestations dénonçant les propos diffamatoires truffant ce faux biopic en forme d’enquête journalistique, L’empire Bo$$é aura toutefois mis bien des années à arriver sur nos écrans.

De fait, le récit de ce self-made-man qui devient le plus puissant homme d’affaires québécois non sans avoir trempé jusqu’au cou dans la corruption, écrit par André Ducharme, Luc Déry et Yves Lapierre, le trio derrière Camping sauvage, a été refusé durant six ans par les institutions financières. Prêtant ses traits à Bernard Bossé, Guy A. Lepage se souvient: "L’un des commentaires reçus, c’était que l’on trouvait impossible que tout cela arrive. À l’époque, la population était moins éduquée sur ce genre de scandales-là. Tout à coup sont arrivés le scandale des commandites, Vincent Lacroix, Earl Jones."

Visionnaires, les scénaristes? En fait, c’est en effectuant des recherches et en interviewant des hommes d’affaires pour créer le personnage de Guy A. Lepage dans Camping sauvage que les trois auteurs ont pressenti ce qui se tramait dans le merveilleux monde des requins de la finance. Cela dit, tous trois se sont retenus de tracer le portrait d’un homme d’affaires ayant réellement existé, Bossé étant le fruit de leur imagination… inspiré de faits bien réels.

"Si on avait pris un vrai personnage, suggère le réalisateur Claude Desrosiers (Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Aveux), ç’aurait été perçu comme un règlement de comptes et peut-être que ç’aurait été moins drôle."

Le cinéaste poursuit: "On a beaucoup entendu le discours sur la création de richesse, mais ce qui arrive, c’est que l’on crée de la richesse pour les gens riches. Les Bossé de notre société sont capables de se faire payer quelque chose par le gouvernement pour faire de l’argent. On ne peut rien y faire, mais c’est important que les gens réalisent au moins que ça existe. Ce n’est pas un film politique ni un film qui veut dénoncer un état de siège, mais un film qui parle de notre monde et c’est important que l’on soit conscient de ça."

Les indignés

Sans doute à cause de la présence d’André Ducharme à l’écriture et d’Yves Pelletier à l’écran, on perçoit l’esprit satirique de RBO, leur sens de l’observation et leur sentiment d’indignation face aux injustices sociales. "Je pense que l’indignation est un bon moteur pour la comédie, avance Desrosiers. Je me rappelle au début avec Yves Lapierre et Claude Legault, je leur disais que nous étions tous réunis pour la même cause, que nous avions tous envie de dénoncer ces crosseurs."

"Des fois, c’est comme la différence entre un pamphlet et un brûlot, explique Guy A. Lepage. Dans le brûlot, la forme dépasse le fond; t’es tellement en tabarnak que ce que tu vois de loin, c’est quelqu’un qui hurle. Dans un brûlot créatif, je ressens l’indignation des gens parce que je suis un impulsif, mais chaque fois, je me dis qu’on aurait dû en faire un peu moins."

Entre la raison et la passion, il a donc fallu trouver un juste équilibre: "Les trois auteurs sont très politisés et très froids dans leur analyse, et Claude Desrosiers est très doux, dit Lepage. Quand t’as quatre créateurs avec cette attitude-là, tu t’éloignes du bruit; les réels impulsifs dans la vraie vie, ce sont Claude Legault et moi, deux gars des quartiers populaires qui ont bâti leur patrimoine. Nous avons à peu près le même âge et nous partageons la même indignation face à la corruption, au manque d’éthique, alors on n’a pas eu de misère à se "merger"."

L’argent rendrait-il suspect? "Quelqu’un qui s’en est bien tiré peut conserver des valeurs sociales-démocrates. Il y a maintenant trop de millionnaires et de multimillionnaires québécois d’ascendance canadienne-française pour dire qu’on a un problème avec l’argent. Quand tu as un toit et la santé, t’es extrêmement suspect à mes yeux quand toute raison te pousse à travestir tes opinions pour être malhonnête, pour vouloir la piasse de plus. Je n’ai pas de pitié pour ça, c’est minable et sans éthique. Ta liberté financière s’arrête au moment où tu fais mal à celle d’un autre. Pour moi, Vincent Lacroix est un meurtrier en série", conclut Lepage avec fermeté.

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L’empire Bo$$é

Avouons-le tout de go: l’affiche ne payant pas de mine et la bande-annonce promettant un festival de perruques, comment ne pouvions-nous pas appréhender un inénarrable navet digne d’un prix Aurore? Eh bien les détracteurs du pape de nos soirées dominicales seront déçus par ce qui suit.

Écrit par André Ducharme, Luc Déry et Yves Lapierre, L’empire Bo$$é s’avère une agréable comédie reposant sur un scénario foisonnant d’irrésistibles répliques teintées d’absurde qui font mouche et de satiriques clins d’oil à la petite histoire de l’entrepreneurship québécois et aux récents scandales financiers.

Pour ajouter au plaisir du spectateur, Claude Desrosiers a signé une mise en scène ludique, fluide et inventive, offrant notamment un mémorable plan-séquence racontant un an d’affrontements dans la famille Bossé. Grâce à la photo de Martin Falardeau et à la direction artistique de Jean Babin, L’empire Bo$$é nous invite à un évocateur et coloré voyage à travers le Québec de la Révolution tranquille à nos jours.

Au sein d’une solide distribution (James Hyndman, Gabriel Arcand, Jean-François Casabonne…) et de surprenants caméos (Lise Watier, Marcel Aubut…), les hilarants Claude Legault, Valérie Blais et Élise Guilbault se démarquent avec aisance. Ayant déposé au vestiaire ses tics de RBO, Guy A. Lepage joue avec une retenue qui l’honore.

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