Un heureux événement : Bébé à bord
Cinéma

Un heureux événement : Bébé à bord

Dans Un heureux événement, la fringante Louise Bourgoin devient maman sous la direction de Rémi Bezançon.

À l’instar des Chroniques d’une mère indigne de Caroline Allard, Un heureux événement d’Éliette Abécassis fait à la fois soupirer d’aise et râler plusieurs mamans en taillant en pièces l’image idyllique de la maternité. S’attaquer à un tel tabou ne fut pas sans créer une certaine polémique.

"En France, on appelle ce phénomène le baby clash, explique Rémi Bezançon, interviewé au Festival international du film de Toronto. Je pense que les femmes en ont marre de culpabiliser, de ne pas pouvoir dire qu’elles sont fatiguées. La société pousse les mères à être parfaites; on ne les jugera pas si elles se plaignent. Je pense que la maternité et la venue d’un enfant restent les plus belles choses du monde, mais ce n’est pas non plus ce que l’on voit dans les magazines."

Alors que les contes de fées et les comédies romantiques taisent ce qui se passe après le coup de foudre, Un heureux événement montre comment un jeune couple (Louise Bourgoin et Pio Marmaï) voit sa vie sens dessus dessous à l’arrivée du premier enfant.

"C’est intéressant de désacraliser les choses, de les montrer telles qu’elles sont, poursuit le réalisateur. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer comment un couple se remet à faire l’amour après l’accouchement, de montrer la rééducation périnéale, l’épisiotomie et tout ce que cela peut engendrer, des choses qui sont la réalité. Je voulais voir comment Harry et Sally vivent leur quotidien."

Afin de se préparer au rôle, Louise Bourgoin a interrogé toutes les mères autour d’elle, en plus d’assister à plusieurs accouchements et de garder des bébés avec Pio Marmaï: "Je n’avais jamais changé un enfant, c’est hallucinant, non? En lisant Éliette Abécassis, je me suis rendu compte que la maternité n’était pas forcément quelque chose d’extraordinaire, d’euphorique comme le disait ma mère. Éliette en parlait de façon très crue et réaliste. Elle parlait de féminité sabrée, disait que son enfant lui était étranger, que son sexe était un lieu de passage cousu, recousu, jamais cicatrisé."

"Le fait que je ne sois pas encore papa m’a permis de fantasmer tout ça, se souvient Bezançon. C’était important que ça ne devienne pas un témoignage supplémentaire à celui d’Éliette Abécassis. J’ai écrit le scénario avec une femme, Vanessa Portal, afin d’avoir un point de vue vraiment féminin sur tout ça. Pour les mêmes raisons, j’ai voulu tourner avec une comédienne qui ne soit pas maman, qu’elle vive les choses pour la première fois comme Barbara."

Bourgoin a si bien fait ses devoirs qu’elle est devenue une référence en maternité… et paternité sur le plateau: "Les pédopsychiatres disent que les pères doivent s’interposer entre la mère et l’enfant; seulement, ils ne le savent pas tous, comme le personnage de Pio, qui régresse vers l’adolescence. Je pense que c’est un vrai film miroir. Plusieurs femmes disent après la projection que c’est leur vie, elles se sentent comprises. Le livre avait cet effet complètement déculpabilisant et le film va exacerber ce sentiment", conclut l’actrice.

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Un heureux événement

Respectant l’essence d’Un heureux événement, Rémi Bezançon ne causera sans doute pas autant d’émoi que la parution du livre d’Éliette Abécassis en 2005 avec l’adaptation qu’il en a tirée. Certes, les répliques sont joyeusement piquantes et les situations, d’une cocasserie grinçante, mais bientôt, on se lasse de toutes ces crises hormonales et existentielles. À force de scènes répétitives, la jouissive critique de la maternité piétine laborieusement. À l’instar du bordel post-partum, la réalisation de Bezançon valse entre le chaos contrôlé et le laisser-aller. Fidèle à elle-même, Louise Bourgoin a du chien à revendre, tandis que Pio Marmaï paraît quelque peu inconsistant dans le rôle ingrat du père dépassé. Mention honorable à Josiane Balasko, truculente en mamie soixante-huitarde, et à Gabrielle Lazure, délicieuse en mamie bourgeoise.