Denis Côté / Bestiaire : Un animal, des animaux
Cinéma

Denis Côté / Bestiaire : Un animal, des animaux

Dans Bestiaire, son sixième long métrage, Denis Côté transforme une banale visite au zoo en poétique pinacothèque.

Pour les besoins d’une scène de Curling, Denis Côté a dû se rendre au Parc Safari, où on lui a offert de revenir tourner. Souhaitant renouer avec une forme plus simple entre deux productions ambitieuses, le cinéaste s’y est donc rendu avec une petite équipe de tournage. Toutefois, il a pris soin d’avertir l’institution que l’objet filmique qui résulterait de cette visite ne serait ni militant ni promotionnel.

"Je travaille en réaction et en négation autant par rapport à ce qui se fait qu’à ce que j’ai fait. On était trois: le directeur photo Vincent Biron, le preneur de son Frédéric Cloutier et moi. Je leur ai demandé: "Qu’est-ce qu’on fait dans un zoo?" En 2012, existe-t-il encore une façon originale de filmer des animaux? Soit on les regarde sur YouTube pour se marrer, soit on regarde Animal Planet pour s’informer. Peut-on juste filmer un animal pour son potentiel esthétique? Puis-je réagir à des décennies d’anthropomorphisme?"

Dans le but avoué de réparer les erreurs de Carcasses, documentaire glissant maladroitement vers la fiction, Côté a résisté à l’envie de réaliser un docufiction. Qu’est donc Bestiaire alors? "Je ne connais pas le mot. C’est peut-être un film d’essai, c’est peut-être muséal et alors ça ne va pas sur un écran de cinéma. Lorsque je tournais, il n’y avait aucune intellectualisation. On passait animal par animal; on faisait des cadres très rigoureux pour chacun."

Celui qui avoue ne pas être un amoureux des animaux poursuit: "Je ne cherche pas le sujet à tout prix, je me pose des questions de forme, c’est ce qui m’obsède. Je suis en réaction contre un cinéma qui veut dire et je trouve qu’au Québec on a besoin d’un cinéma qui montre. C’est devenu une espèce d’expérience son et image avec un hors-champ assez terrible – 75% du son étant faux afin de créer une menace sur les bêtes. J’ai voulu mettre de la fiction, greffer un acteur aux employés, mais après deux jours, j’ai tout rejeté ça. Ça demeure un documentaire d’observation avec une grande envie de fiction."

Secondé au montage par Nicolas Roy, dont il salue le pragmatisme, Denis Côté explique pourquoi l’homme occupe une place importante dans Bestiaire: "Si je n’avais mis que des animaux, ç’aurait donné un livre d’images. À l’époque, un bestiaire servait aux êtres humains à dessiner les animaux pour ne pas les oublier. Sous les images, on écrivait une morale de vie. Je ne pouvais pas évacuer complètement la place des hommes, mais j’ai stylisé cela en plaçant les êtres humains comme des animaux. Il y a un jeu dans le film: qui observe qui?"

"Je n’ai pas ressenti d’émotions en faisant Bestiaire, pas plus que j’en ressens en le voyant. Le danger du film, c’est de trop l’intellectualiser… comme on le fait en ce moment. À un moment donné, il faut arrêter de mettre des mots sur ce film-là. Il faut vivre l’expérience", conclut le réalisateur.

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Bestiaire

Si, plus haut, on a étiqueté Bestiaire de Denis Côté d’objet filmique, c’est qu’il entre difficilement dans les cases docufiction ou film d’art et d’essai. Puisque certains l’ont catalogué comme poème silencieux, alors pourquoi ne pas parler ici d’une poétique pinacothèque, tant les images qui y défilent portent en elles un lyrisme solennel. On peut s’ennuyer ferme devant ce Bestiaire, comme on peut aussi rire, s’émouvoir, rêvasser ou même réfléchir à la condition animale. En dehors de toute la gamme d’émotions que chacun y vivra (ou pas), l’oeil sera certes séduit par la composition méticuleuse et surprenante, voire insolite des cadrages. Rarement aura-t-on pu observer jusqu’à plus soif des animaux familiers, se révélant ici dans toute leur majesté ou leur fragilité, en ayant l’impression de les découvrir sous un nouveau jour.

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