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Cinéma

Pater : Si j’étais président

Dans Pater, chaleureusement accueilli à Cannes, Alain Cavalier s’imagine président de la République et Vincent Lindon, premier  ministre.

Depuis une douzaine d’années, le cinéaste Alain Cavalier fuit les caméras, considérant qu’à plus de 80 ans, il a fait son temps. Cela ne l’a toutefois pas gêné d’être filmé par Vincent Lindon, avec qui il partage l’écran dans Pater, fiction atypique en forme de making of d’un film qui ne verra jamais le jour. Ou encore, vision intimiste des coulisses du pouvoir où le réalisateur brouille les frontières entre la fiction et la réalité.

"J’ai raconté l’histoire d’un homme qui rencontre un autre homme, explique Cavalier. L’un est cinéaste, l’autre, comédien, et ils boivent des verres dans des bars d’hôtels. Tout d’un coup, ils disent vouloir faire un film ensemble, se demandent ce qui les intéresse, parlent du pouvoir et imaginent ce qu’ils feraient s’ils étaient premier ministre et président de la République."

Ainsi, près de 50 ans après Le combat dans l’île, sur le fascisme, et L’insoumis, à propos de la guerre d’Algérie, Alain Cavalier retourne à ses premières amours. Toutefois, n’allez pas croire, bien que le sujet soit politique, qu’il s’en prend directement aux politiciens déjà au pouvoir ou à ceux qui y aspirent.

"Mon film est politique puisque ce sont deux personnes qui se présentent avec un programme. Celui-ci n’est pas "enrichissez-vous", mais plutôt "vous avez beaucoup d’argent, vous en avez peu, il y a une énorme différence entre vous deux, elle risque d’être mortelle pour le destin des habitants de la Terre, alors essayons de réduire l’écart de l’argent entre les hommes". J’espère que ça viendra bientôt, c’est un peu utopique pour l’instant. Si un jour ça se retrouve dans une loi ou même dans une constitution, j’aurai mis ma petite goutte, j’aurai été sur le chemin. J’y crois!"

Sorti en France à la même époque que La conquête de Xavier Durringer et L’exercice de l’État de Pierre Schoeller, Pater ne se veut pas non plus une illustration de l’insatisfaction des Français à l’égard du président Sarkozy: "Je crois que c’est un hasard si ces trois films ont vu le jour au même moment. Les Français ne parlent pas que des élections, bien que ce soit une grande distraction comprenant un enjeu qui paraît être de vie ou de mort. Or ce n’est pas vrai: les présidents changent et on continue à vivre. Je n’ai même pas pensé aux élections, je n’y fais aucune allusion."

Tourné pendant une année, durant les temps libres de Vincent Lindon, Pater présente deux politiciens discutant du pouvoir en faisant bonne chère, tantôt avec désinvolture, tantôt avec virulence – le tempérament bouillant de l’acteur y étant pour beaucoup.

"Pour assurer leur pouvoir, les politiques se présentent théâtralement et les spectateurs aiment le pouvoir qui s’exprime; en France, ils aiment encore Louis XIV! Je ne fais pas de théâtre pour impressionner les populations. Je voulais montrer le pouvoir pour ce qu’il était, c’est-à-dire des hommes qui, entre deux portes, décident de votre destin. Jamais les hommes politiques ne diront en réalité comment ça se passe. Et moi qui suis un peu dans le cinéma, j’ai voulu montrer comment ça se passe quand ça se passe."

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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Pater

S’il ne fallait retenir qu’une scène de cet ovni d’Alain Cavalier, ce serait celle où, filmé en plan large, Vincent Lindon, oubliant qu’il joue le premier ministre, raconte avec impétuosité une engueulade avec son propriétaire. Dans cette scène réside toute la magie du cinéma que s’emploie tour à tour à préserver et à déconstruire Cavalier dans cette réflexion politique aussi ludique que chaleureuse. De fait, derrière ces deux politiciens s’interrogeant sur le pouvoir, se dévoilent deux artistes complices et authentiques. Par moments, tous deux ont l’air de gamins s’amusant à jouer des grandes personnes, s’emparant chacun leur tour de la caméra. D’un calme implacable en président de la République, Cavalier s’efface devant Lindon, qui s’abandonne au jeu avec toute la vulnérabilité et la brutalité qu’on lui connaît.

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