Et maintenant on va où? : Les veuves joyeuses
Cinéma

Et maintenant on va où? : Les veuves joyeuses

Dans son deuxième film, Et maintenant on va où?, Nadine Labaki met une fois de plus en scène des personnages féminins prenant leur destin en main.

Cinq ans après le sensuel Caramel, où elle s’intéressait au destin de cinq femmes dans un Beyrouth moderne, Nadine Labaki poursuit sa réflexion sur le rôle des femmes au Liban dans une dramédie musicale rappelant la comédie italienne, la tragédie grecque et la comédie musicale à la Demy.

"L’idée de mélanger les genres me vient naturellement en écrivant, expliquait la réalisatrice de passage à Montréal. Parfois, la situation est tellement absurde qu’on ne peut que rire de ce qui nous arrive. Je pense que l’humour nous aide à comprendre le ridicule de la situation et peut-être à en guérir. C’était donc important de tourner en dérision les raisons pour lesquelles on fait la guerre."

Campé dans un petit village peuplé de musulmans et de chrétiens, Et maintenant on va où? illustre comment les veuves de guerre et les mères endeuillées du village, toutes confessions confondues, tenteront d’amener les hommes à la réconciliation. Lorsqu’elles entrent en scène, celles-ci s’avancent en une marche funèbre en exécutant des mouvements de danse afin d’exprimer leur souffrance.

"C’est un sujet sérieux, tragique, ce n’est pas l’histoire d’une bande de femmes qui vont faire des choses ridicules. Il faut se rendre compte du drame, du sérieux de la situation. La musique et la danse apportent ce côté un peu plus fable. On parle ici du conflit entre chrétiens et musulmans, que l’on retrouve dans le monde entier, mais je pense que ç’aurait pu se passer entre deux voisins, deux familles. Je voulais le traiter de façon plus universelle."

Dans Et maintenant on va où?, Labaki démontre qu’au Liban, la religion passe avant la nationalité: "Malheureusement, il y a cette culture d’appartenance à une cause, à une religion, à une confession plus qu’à un pays. Notre plus gros problème, c’est qu’on n’arrive pas à se rappeler qu’on est tous libanais, qu’on est tous frères. On a grandi sur la même terre, on boit la même eau, nos enfants vont aux mêmes écoles. C’est un truc que je ne comprends pas, en fait. C’est peut-être pour ça que j’ai écrit ce film, afin de comprendre notre fonctionnement", conclut la réalisatrice qui ne connaît toujours pas la réponse à la question initiale que pose son film.

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Et maintenant on va où?

Enfant de la guerre devenue maman lors d’un conflit violent à Beyrouth, Nadine Labaki exorcise de façon émouvante et légère ses souvenirs, ses craintes et ses aspirations face aux déchirements de son pays. Fort d’une ouverture d’un lyrisme bouleversant, Et maintenant on va où? se décline en une suite de scènes tour à tour cocasses, burlesques, tragicomiques et dramatiques auxquelles les intermèdes "enchantés" se greffent avec une maladresse sympathique. Bruyant, chaotique, échevelé, le tout prend des allures carnavalesques lorsque les femmes s’allient aux danseuses slaves de passage au village pour distraire leurs hommes jusqu’à ce que la réalité les rattrape cruellement. Au milieu d’acteurs non professionnels d’un aplomb étonnant, dont la truculente Yvonne Maalouf dans le rôle de la femme du maire, Nadine Labaki s’impose subtilement.

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