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Cinéma

Darrell Roodt / Winnie : D’héroïne à disgrâce

Le réalisateur Darrell Roodt porte au grand écran la vie de Winnie Madikizela-Mandela dans Winnie, une fiction basée sur des faits vécus par celle qui s’est tenue, pendant près de 40 ans, derrière le Prix Nobel de la paix Nelson Mandela.

Passée de « Mama Winnie », mère de la nation, à « Bad Winnie », paria sud-africaine, Winnie Mandela n’est plus mentionnée qu’avec dédain, frappée d’un énorme X au feutre noir dans l’inconscient, malgré sa contribution à l’histoire de son pays. Darrell Roodt a cependant décidé de remédier à la situation avec Winnie, long métrage mettant en vedette Jennifer Hudson (Winnie Mandela) et Terrence Howard (Nelson Mandela), basé sur une biographie d’Anne-Marie du Preez Bezdrob. « Au départ, je travaillais sur un film sur Nelson Mandela. Bien que les producteurs aient ensuite confié la réalisation à un Britannique, j’ai été initié à toute l’histoire de Winnie Mandela, un personnage historique qui m’a fasciné », raconte le réalisateur sud-africain.

Surtout présenté comme l’histoire amoureuse entre Winnie et Nelson, le film biographique de Roodt s’attarde tout de même aux conflits liés à l’apartheid, des événements impossibles à négliger. « Ce n’était pas un film sur Nelson Mandela ni sur l’apartheid comme tel, explique Darrell Roodt. Je voulais transcender cela, sans revenir constamment à de nouvelles manifestations et répressions. Je voulais le garder dans le décor sans en faire l’histoire principale. C’est difficile aussi pour les spectateurs qui veulent en savoir plus. Ce n’est pas un documentaire, c’est une fiction sur la vie de Winnie Mandela. Il y a tellement de facettes de sa vie qu’on aurait pu explorer. Il fallait choisir », poursuit celui qui défendra plus tard la légitimité et la rigueur du film.

De travailleuse sociale pauvre et engagée, mariée à Nelson Mandela et fidèle combattante de l’apartheid, Winnie Mandela est devenue une paria, rejetée pour des comportements inadmissibles et sa complicité dans la mort d’un jeune activiste de sa garde rapprochée, le Mandela United Football Club. « C’est dommage, car personne ne la connaît aujourd’hui. Et si on connaît son parcours, on se dit que c’est la « méchante Winnie ». On a oublié tout ce qu’elle a fait avant, toute la bataille qu’elle a menée pendant l’apartheid, tout ce qui lui est arrivé quand elle défendait le peuple », rappelle le réalisateur.

Il n’a pas collaboré avec Winnie Mandela, à la demande des producteurs du film, et Roodt sait que ce choix pourra aider le long métrage à atteindre son but. « On ne devait pas l’avoir de notre côté afin que les gens évitent de se dire qu’on faisait un film biaisé et positif. Et pourtant, j’ai entendu des critiques affirmer que c’était un film qui ne l’accablait pas vraiment. Je ne suis pas du tout d’accord! Quand sa garde amène Stompie dans une pièce pour l’interroger, on laisse la caméra longtemps sur la porte et c’est très lourd de sens. Et Winnie a été impliquée dans la mort de ce jeune garçon. Elle doit vivre avec les conséquences de ses actions depuis ce moment-là et les gens ont encore cette perception d’elle. Dans l’histoire et le déroulement des événements, elle n’est maintenant perçue que de manière diffuse. On l’expulse de l’histoire, du post-apartheid. Et c’est dommage puisque ça l’a rendue très amère et solitaire, repliée sur elle-même. » Et l’histoire de Winnie continue.

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Winnie

Portrait et amour transcendant l’apartheid, Winnie est loin du feel-good movie. L’histoire est chargée, tout comme l’ont été la vie de Winnie Mandela (Jennifer Hudson) et celle de son ex-mari, Nelson Mandela (Terrence Howard). Tombée en disgrâce vers la fin des années 80, à la suite d’événements controversés, l’ancienne travailleuse sociale fait pourtant partie d’un grand pan de l’histoire, maintenant diffus. Si les années 80 et 90 ainsi que les faux pas de Winnie Mandela semblent effleurés et s’il faut un bagage historique minimal pour saisir l’ampleur du débat, on doit reconnaître le travail de préservation de la mémoire de Roodt et son équipe. Même si Hudson, malheureusement, joue dans les extrêmes, le message, lui, passe, et Terrence Howard vient tirer sa douce moitié vers la surface. L’histoire d’amour épique demandera cependant à être lue plutôt qu’à être vue puisqu’on demeure ici dans le portrait.

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