Holy Motors : Vivre ses vies
Cinéma

Holy Motors : Vivre ses vies

Dans Holy Motors, Leos Carax se livre à une réflexion sur le métier d’acteur en forme de rêve éveillé.

Lors d’un périple aux États-Unis, Leos Carax (Mauvais sang, Les amants du Pont-Neuf) a été frappé par le nombre de limousines sillonnant les grandes villes. Cette obsession pour les moteurs dont il a aussi été témoin à Paris, il la transpose dans son cinquième long métrage, Holy Motors. Dans ce road-movie atypique, Denis Lavant interprète Monsieur Oscar, un homme qui se glisse d’une vie à l’autre en sillonnant les rues de Paris à bord d’une limousine blanche conduite par sa fidèle complice Céline (Edith Scob, mutine)… qui l’emmènera au bout de la nuit.

Entre chaque station, la limousine devient le laboratoire de création de cet homme aux multiples identités, recevant même la visite d’un étrange metteur en scène (Michel Piccoli, décalé), ce qui laisse d’abord croire que Carax explore de façon bien personnelle la nature du métier d’acteur. D’ailleurs, dans une séquence, l’une des plus hypnotiques, Lavant se glisse dans le costume d’un acteur de motion capture, ne devenant plus qu’un corps anonyme se prêtant à un torride et sensuel pas de deux avec sa partenaire.

D’une fois à l’autre, le spectateur attend, aussi fasciné par l’audace dont fait preuve Lavant d’un rôle à l’autre qu’agacé par la mécanique rigide du processus, de voir jusqu’où l’étrange poésie de Carax le transportera. Tantôt elle voudra le choquer alors que l’immonde Monsieur Merde, personnage créé pour le collectif Tokyo, malmènera une top-modèle (Eva Mendes, stoïque), tantôt elle voudra l’émouvoir alors qu’un homme et sa maîtresse (Kylie Minogue, émouvante) vivront des adieux déchirants dans les ruines de la Samaritaine.

À chaque station, Carax instaure un climat propice à déstabiliser le spectateur. En multipliant ainsi les destins de Monsieur Oscar, le cinéaste semble vouloir l’éloigner de lui-même, allant jusqu’à faire douter de son identité originale, idée qui sera renforcée alors que ce dernier ne la récupérera pas à la tombée de la nuit. Au final, on se dit que cette réflexion sur le théâtre et le cinéma est en fait une réflexion sur l’existence, sur les masques que l’on s’attribue en société, sur les rôles que l’on joue aux yeux des autres. Et que la seule réalité qui soit, c’est celle des moteurs, tel que l’illustre Carax dans cette conclusion aussi cocasse qu’onirique, et que le reste n’est qu’illusion.

En salle le 5 octobre