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Cinéma

The Master : Abus de pouvoir

Au-delà de l’évocation de L. Ron Hubbard et son Église de Scientologie, The Master, de Paul Thomas Anderson, illustre les rapports de force entre un bourreau et sa victime.

Vétéran de la Seconde Guerre mondiale souffrant du syndrome de stress post-traumatique, Freddie Quell (Joaquin Phoenix) vivote en marge de la société. Un soir, alors qu’il s’immisce dans une chic soirée donnée sur un bateau, il croise Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), charismatique chef religieux (rappelant en mode majeur le gourou de la séduction interprété par Tom Cruise dans Magnolia), et sa fidèle épouse (Amy Adams, diaboliquement glaciale sous ses airs angéliques), qui le prennent immédiatement sous leurs ailes.

Il n’est pas surprenant que Paul Thomas Anderson ait raflé le Lion d’argent de la mise en scène à la dernière Mostra. De fait, celle-ci s’avère si envoûtante qu’à la manière de Quell entre les mains de Dodd, on se retrouve emporté malgré soi dans une lente spirale descendante. À tel point que par moments, et ce, malgré la prodigieuse beauté de la photo de Mihai Malaimare Jr. (le film a été tourné en 65 mm), qui parvient à traduire les états d’âme des personnages tant en plan large qu’en gros plan, l’expérience se révélera lancinante, épuisante.

À travers les portraits croisés de Quell l’effondré et de Dodd l’ambitieux, Anderson dévoile le versant sombre d’une Amérique à l’aube de la perte de son innocence, laquelle renvoie cruellement à l’Amérique que tentent de maintenir en vie les plus ardents conservateurs. Ainsi, après avoir suivi les errances du premier, le cinéaste le montre répétant inlassablement des exercices de déprogrammation selon la volonté du second, qui se plaît à exposer ses théories fumeuses, pour ne pas dire farfelues, avec une logique implacable à ses disciples médusés.

Librement inspiré du fondateur de la Scientologie L. Ron Hubbard, The Master prend la forme d’un puissant tête-à-tête entre deux hommes dont la faiblesse de l’un fait la force de l’autre et, paradoxalement, fait aussi transparaître ses failles au grand jour. Si la confrontation finale entre les deux protagonistes n’est pas aussi mémorable que celle entre le jeune pasteur et le magnat du pétrole dans There Will Be Blood, elle a le mérite d’illustrer sans fard les ravages de la foi et l’ambition aveugles chez l’homme. Et de donner raison au jury de la Mostra d’avoir attribué le prix d’interprétation masculine à Hoffman, colossal, et à Phoenix, magistral.

En salle le 5 octobre