Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

Vous n’avez encore rien vu : Ceci n’est pas un testament

S’étant inspiré de deux pièces d’Anouilh, Alain Resnais propose une émouvante et ludique réflexion sur la vie, l’art et la mort dans Vous n’avez encore rien vu.

Il a beau être l’un des plus grands cinéastes français, Alain Resnais demeure un artisan modeste, un bricoleur, pour emprunter son expression. Ainsi pour son nouveau film, Vous n’avez encore rien vu, qu’il a présenté au Festival de Cannes à quelques jours de souffler 90 bougies, il souhaitait que le nom du directeur photo Éric Gautier apparaisse au générique comme coréalisateur – chose qui lui a été impossible de faire au final.

"Le véritable magicien, c’est Éric Gautier, affirmait-il à la conférence de presse cannoise. Chaque fois que je travaille avec lui, il y a des phénomènes surnaturels qui se produisent – bon, j’emploie des grands mots… Mais quand je cherche comment tourner un plan irréalisable, Éric sourit, fait le plan et tout y est. Nous avons une passion mutuelle, celle de ne pas chercher à faire des éclairages réalistes; l’essentiel, c’est d’arriver à donner une impression de magie à l’image. Ce que je cherchais, c’était que les acteurs rentrent petit à petit dans une espèce de transe, comme des somnambules. Il fallait ne pas les réveiller ni avec des projecteurs ni avec des indications de mise en scène inutiles."

Les acteurs dont il parle, ce sont ses piliers, dont Sabine Azéma, Pierre Arditi et Lambert Wilson, et quelques nouveaux venus dans son monde, tels Michel Piccoli et Hippolyte Girardot, qui jouent ici leur propre rôle. Le but de la rencontre: regarder la captation scénique d’Eurydice (réalisée par Bruno Podalydès), pièce qu’ils ont jouée dans leur jeunesse, interprétée par la jeune Compagnie de la Colombe, à la demande du metteur en scène Antoine d’Anthac (Denis Podalydès) dans son testament vidéo. Au fil de la projection, les répliques leur revenant à la mémoire, les acteurs reprendront graduellement leurs anciens rôles.

Préoccupé depuis des décennies par l’opposition entre le théâtre et le cinéma, Alain Resnais a voulu une fois de plus unir ces deux modes d’expression: "Depuis l’âge de 14 ans, j’entends que le théâtre est un art noble et le cinéma, un art secondaire. Jeune, quand j’allais au théâtre, je me demandais pourquoi on ne pouvait pas avoir le même effet au cinéma. Or, on peut prendre les choses en les faisant basculer. Il y a quelque chose de capital qui rapproche le théâtre et le cinéma: dans les deux cas, on a besoin d’acteurs et l’on ne peut interrompre la représentation pour reprendre une réplique qu’on n’a pas comprise. Il me semble qu’on peut peut-être aussi se servir de cette gémellité entre le théâtre et le cinéma. En tout cas, c’est ce que j’ai tenté dès mon premier film (Hiroshima mon amour), que le son soit un son théâtral, en enlevant à cet adjectif son sens péjoratif. Je ne sais pas si j’ai réussi ou si j’ai raison, mais c’est ce que j’ai ressenti et je l’ai fait au naturel, voilà."

La mort a beau être au coeur du mélancolique Vous n’avez encore rien vu, il ne faudrait certainement pas y voir une oeuvre testamentaire, malgré son enveloppante atmosphère crépusculaire: "Si j’avais pensé que ce film était un testament, je n’aurais eu ni l’audace ni l’énergie de le tourner. Le mot final que j’ai envie de prononcer, c’est l’énorme affection que j’ai pour ces 15 comédiens et pour le cinéma et le théâtre en général."

En salle le 19 octobre

/

Vous n’avez encore rien vu

Avec la complicité du scénariste Laurent Herbiet, Alain Resnais a fondu adroitement en une deux pièces de Jean Anouilh (Eurydice et Cher Antoine ou L’amour raté). S’amusant à brouiller les frontières entre le théâtre et le cinéma, comme il sait si bien le faire, le vénérable réalisateur signe non pas une adaptation pour le moins originale, mais une veillée funèbre placée sous le signe de l’amour et de l’art. Pas joyeux comme programme? Détrompez-vous! Vous n’avez encore rien vu s’avère une magnifique rêverie où la fantaisie et l’émotion se font écho avec éclat alors que les acteurs, séparés par un écran, deviennent de parfaits complices dans cette ludique mise en abyme. Au sein de la distribution prestigieuse, se démarquent Anne Consigny, par son interprétation à fleur de peau et Mathieu Amalric, par son hypnotique charme venimeux.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie