Le torrent : La mère
Cinéma

Le torrent : La mère

Passionné de l’oeuvre d’Anne Hébert depuis l’adolescence, Simon Lavoie réalise enfin son rêve de porter Le torrent au grand  écran.

Près de 40 ans après l’adaptation de Kamouraska par Claude Jutra, près de 25 ans après celle des Fous de Bassan par Yves Simoneau, il fallait un certain culot pour oser revisiter une oeuvre d’Anne Hébert. Ce front, Simon Lavoie (Le déserteur, Laurentie) l’a eu, et c’est tant mieux. Affirmant avoir eu une révélation en lisant Le torrent à 13 ans, le réalisateur trentenaire voulait toutefois éviter le traitement classique, poussiéreux du film d’époque afin de respecter l’essence moderne de cette nouvelle.

"Le torrent d’Anne Hébert, considéré par plusieurs experts comme l’entrée de la littérature québécoise dans la modernité, est le premier récit vraiment signifiant, au "je". C’est l’expression des tourments d’une grande complexité, laquelle est synonyme de l’émancipation de la modernité en peinture, en littérature. Le traitement des femmes dans la nouvelle est très révolutionnaire. Jusqu’alors, celles-ci avaient été présentées comme des piliers de la société québécoise. Claudine est une femme d’une grande dureté, en lutte avec elle-même. Amica est la première d’une série de sorcières que l’on retrouvera dans l’oeuvre d’Anne Hébert", explique Simon Lavoie.

S’il est parvenu à illustrer en sons et en images l’univers de cette nouvelle de 60 pages parue en 1950, Lavoie prend tout de même plus de deux heures pour raconter l’histoire de François (Anthony Therrien et Victor Andrés Trelles Turgeon), élevé en retrait de la société par Claudine (Dominique Quesnel), sa mère autoritaire. À la suite de la disparition de cette dernière, François, devenu sourd après avoir reçu d’elle un coup sur la tête, achètera d’un colporteur autochtone (Marco Bacon) la mystérieuse Amica (Laurence Leboeuf). Et dire que la première version totalisait plus de quatre heures!

"Dans un film d’une durée standard, il y a environ 15 événements narratifs principaux. Dans un roman de 600 pages, il y en a une quarantaine. Le roman se prête mieux à la minisérie et la nouvelle, au cinéma; adapté au cinéma, le roman est complètement massacré, on n’en retrouve qu’une synthèse. Pour la nouvelle d’Anne Hébert, je suis demeuré fidèle à tous les axes narratifs. J’ai aussi extrapolé sur le passé de Claudine en prenant des petits points d’entrée dans la nouvelle pour ainsi créer de nouvelles scènes."

D’un rythme lent, épousant celui de la vie rurale et du passage des saisons, ce contemplatif Torrent n’en traduit pas moins parfaitement toute la rage contenue dans la prose poétique de la grande écrivaine: "Il y a tellement de fougue, de passion, de ferveur et de violence inouïe. En 1945, Anne Hébert, alors jeune femme de 28 ans toute délicate, n’avait pas pu trouver d’éditeur. L’un d’eux lui avait même dit que c’était dangereux, délétère, noir et qu’il ne fallait pas mettre ce texte entre toutes les mains."

Simon Lavoie conclut: "On parle souvent au Québec du bon vieux mythe de la mère omnipotente et du père absent. Tout ça est déjà présent dans Le torrent, saisi avec une grande acuité. Tout ce qui faisait la société québécoise de l’époque, l’Église catholique, je crois que c’est encore ancré en nous, dans nos comportements, nos scrupules, notre rapport aux autres, notre malaise face à la chicane, face à l’argent. Malgré lui, le film parle de ce qu’on est aujourd’hui."

En salle le 26 octobre

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Le torrent

En s’attelant à un monument littéraire tel qu’Anne Hébert, Simon Lavoie aurait pu se laisser dépasser par le sujet, en édulcorer la force ou, encore, le respecter au point de disparaître derrière lui. Or, il n’en est rien. À la fois personnelle et respectueuse, sa lecture du Torrent devient à l’écran une magnifique rêverie prenant la structure fracturée d’une mémoire troublée. Faite de peu de mots, l’oeuvre tire sa force poétique de la minutieuse trame sonore de Patrice LeBlanc, du montage hypnotique de Nicolas Roy et de la photo crépusculaire de Mathieu Laverdière. En ajoutant une dimension oedipienne au Torrent, Lavoie apporte une certaine complexité dans les rapports du trio sans pour autant faire ombrage au récit original. Face à l’exceptionnelle Dominique Quesnel et à l’évanescente Laurence Leboeuf, Victor Andrés Trelles Turgeon s’impose avec une autorité naturelle.

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