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Cinéma

Tout ce que tu possèdes : À ma fille

Portrait impressionniste d’un homme à la dérive, Tout ce que tu possèdes s’inscrit parfaitement dans la filmographie de Bernard  Émond.

Après sa magnifique trilogie sur les vertus théologales (La neuvaine, Contre toute espérance, La donation), il n’est pas surprenant que Bernard Émond revienne à un portrait à caractère social dans la veine de La femme qui boit et de 20h17 rue Darling. Et, surtout, qu’il prenne bien son temps pour raconter le désarroi d’un chargé de cours de littérature (Patrick Drolet, bressonien) qui passe à côté de sa vie en se plongeant dans la traduction des oeuvres d’Edward Stachura (voix d’Alex Bisping), poète polonais maudit.

On reproche de plus en plus au cinéma d’auteur québécois de se faire lent, morose et de peu de mots. Pour sa part, Émond constate depuis des années qu’il y a trop d’images, pour reprendre le titre de son recueil de textes paru l’an dernier. Comme il l’expliquait au FCIAT où Tout ce que tu possèdes était présenté, Émond considère son cinéma comme un acte de résistance tranquille.

Ainsi, pour cette réflexion en demi-teintes sur la transmission, celle du mauvais héritage du père (Gilles Renaud) et du bon héritage de la fille (Willia Ferland-Tanguay, belle révélation du film), le cinéaste a opté pour l’économie de mots et l’émotion en retenue. Certes, l’entreprise peut paraître âpre, austère, sombre, mais grâce à la musique enveloppante de Robert Marcel Lepage et la photographie aux éclairages subtils de Sara Mishara, la mélancolie ambiante laisse peu à peu place à l’espoir. Et à l’instar de la scène de l’esquisse d’une étreinte entre le père et sa fille, chaque petit geste y devient porteur d’une grande signification.

En salle le 2 novembre