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Cinéma

La fée : Le Havre

Troisième film du trio Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, La fée met en scène un pas de deux de doux dingues.

Troisième volet des aventures de Dom (Dominique Abel) et Fiona (Fiona Gordon), La fée les met ici en scène dans la peau d’un veilleur de nuit d’hôtel solitaire et d’une fée aux pieds nus qui vivront une romance plutôt mouvementée après que cette dernière eut proposé au premier de lui réaliser trois souhaits. Seront témoins de leurs amours John l’Anglais (Philippe Martz), client incapable de se séparer de son compagnon canin, et le patron myope comme une taupe du bar L’Amour flou (Bruno Romy).

Enfants spirituels des Tati, Chaplin et Keaton, Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy (L’iceberg, Rumba) proposent des poèmes en images qui font figure d’ovnis plus que rafraîchissants dans le paysage cinématographique. Flirtant tour à tour avec l’absurde, l’insolite et le burlesque, tous trois ont concocté ici une romance à saveur sociale entre deux marginaux qui trouveront leur salut en découvrant la force de la solidarité.

Aussi inspirés qu’Aki Kaurismäki par les décors dépaysants et intemporels du Havre en Normandie, les trois réalisateurs ont comme lui privilégié l’expression corporelle au verbiage inutile. Alternant les scènes d’intérieur et d’extérieur, ils sont parvenus à savamment exploiter les lieux, tirant profit tantôt de leur froide architecture, tantôt de leur charme kitsch.

Avec leurs costumes illustrant leur statut social, les personnages semblent tout droit sortis d’une bédé ou d’une émission pour enfants. Si le coup de foudre n’est pas immédiat, bientôt, on voudra entrer dans la danse avec eux alors que, cadrés dans des plans fixes, les acteurs se livrent à des chorégraphies dont l’aspect circassien accentue l’essence ludique de La fée. Pour ajouter au charme suranné et décalé de l’entreprise, le trio a misé sur des effets spéciaux artisanaux, lesquels insufflent encore plus de drôlerie aux situations cocasses où s’empêtrent les personnages.

Certes, par moments, les gags visuels deviennent redondants, l’ensemble menace de s’essouffler. Puis, apparaissent çà et là de petits détails inattendus, de charmantes trouvailles, et l’intérêt pour ces folles poursuites en scooter ou à pied dans les rues du Havre reprend de plus belle. En fait, il faudrait être bien cynique pour ne pas se laisser emporter dans ce joli tourbillon de candide poésie.

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