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Cinéma

Le moine : La beauté du diable

Dans Le moine, adaptation par Dominik Moll du roman gothique de Matthew G. Lewis, Vincent Cassel crapahute entre vice et vertu.

Publié en 1796, Ambroise, ou Le moine de Matthew G. Lewis a connu un vif succès mais fut très tôt frappé d’une injonction de restriction de vente en raison de ses passages sulfureux. S’il a par la suite inspiré les romantiques et les surréalistes, on ne saurait avancer que Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) a été touché par la grâce lorsqu’est venu le temps d’adapter ce roman au grand écran.

Relatant la vie d’un moine (Vincent Cassel, empêtré dans sa bure) ayant grandi dans un monastère pour ensuite devenir un grand prédicateur, ce drame de mœurs gothique aux accents fantastiques, campé dans l’Espagne catholique du 17e siècle, nous le présente d’abord recevant la confession d’un débauché (Sergi López, peu nuancé) se délectant de ses péchés. Entre alors en scène un moinillon (Déborah François, gaspillée) qui l’écartera du droit chemin et l’amènera à souhaiter connaître bibliquement une jolie pucelle (Joséphine Japy, d’une fraîche pureté).

Esthétiquement séduisant avec ses paysages désertiques baignés d’une lumière d’une beauté aveuglante, Le moine souffre d’un symbolisme lourd, Moll se plaisant à multiplier d’inutiles gros plans de gargouilles grimaçantes. Pis encore, alors qu’un Ken Russell (The Devils) s’en serait donné à cœur joie dans la fulgurance, Moll signe un film lisse d’un baroque édulcoré que la rigidité de la mise en scène ne fait que surligner.

Par moments pompeux, faussement solennel, Le moine illustre certes la cruauté des mœurs religieuses du temps, notamment en la personne de l’abbesse (Geraldine Chaplin, menaçante) d’un couvent voisin du monastère, mais jamais la reconstitution d’époque ne se révèle-t-elle crédible. On est bien loin de l’univers glauque du Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud – vous me direz que quelque trois siècles séparent les deux récits.

La direction artistique du Moine est si aseptisée que les acteurs donnent parfois l’impression d’évoluer dans des décors de synthèse, quand ils ne ressemblent pas à des personnages d’un jeu vidéo où l’action se ferait rare. Ce qui nous ramène au mince scénario où chaque fait et geste est télégraphié. Pas surprenant que Le moine ait remporté le Gérard du «film en costumes qui s’est pris une veste».

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