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Cinéma

Lothaire Bluteau / Rouge sang : La compagnie des loups

Dix-huit ans après Le confessionnal de Robert Lepage, Lothaire Bluteau tient un premier rôle, celui d’un militaire britannique, dans un film québécois, le thriller d’époque Rouge sang de Martin Doepner.

S’il dévoile une grande sensibilité lors de la rencontre, Lothaire Bluteau se montre surtout généreux. Une caractéristique qui surprend, sachant qu’il a conservé une certaine pudeur à l’égard des médias tout au long de sa carrière. «D’abord, je suis très réservé et c’est vrai que j’avais un problème avec certains types d’entrevues. Je trouve ça souvent superficiel, mais il y avait aussi ce rapport avec le succès et le fait que je sois parti ailleurs. Je ne suis pas en thérapie! Alors oui aux entrevues, mais pas trop, précise-t-il. Là, c’est aussi pour aider un jeune réalisateur, et je trouve ça formidable de pouvoir le faire.»

Ce jeune cinéaste qui signe son tout premier long-métrage se nomme Martin Doepner. Et lorsqu’interrogé sur ce qui l’a motivé à jouer dans le huis clos de ce dernier, Bluteau répond d’emblée: «D’abord l’histoire, puis ce que Martin voulait en faire. J’aimais l’idée que même s’il s’agit d’un film d’époque, ce n’est pas un film historique. J’aimais aussi cette idée d’un thriller psychologique où tu ne fais pas le saut aux deux minutes. Je fonctionne par instinct. J’ai déjà refusé des rôles parce que je ne “trustais” pas la personne devant moi. Je me fie souvent aux premières impressions, et c’est justement de ça qu’il s’agit dans Rouge sang. Tout ce qui arrive durant cette nuit du 31 décembre 1799 découle des impressions que peuvent nous laisser des étrangers.»

Pour son rôle du Capitaine, un soldat anglais réclamant le gîte pour lui et ses hommes auprès d’Espérance (Isabelle Guérard), jeune mère contrainte d’accepter, le comédien joue la carte de l’autorité envers sa troupe, tandis qu’il laisse paraître sa vulnérabilité devant son hôte. Le personnage agissant de manière plus élégante que les autres, qui se comportent comme des brutes, ses réelles intentions demeurent floues. «Ça revient un peu à l’aspect “thérapie” dont on parlait tout à l’heure. Je trouve que le monde se raconte trop. J’aime ça, justement, qu’on ne sache pas tout sur le Capitaine. C’est bien que le spectateur puisse se faire sa propre idée à son sujet.»

Ce retour remarqué peut-il justement laisser germer l’espoir, chez les cinéphiles, d’apercevoir l’acteur plus souvent dans notre paysage cinématographique? «Je ne dis pas ça pour plaire, mais j’aimerais ça, confirme Lothaire Bluteau. D’autant plus que je trouve que ce qui se fait ici en ce moment est extraordinaire.» Bien que lors de l’échange, un sentiment d’amertume semble surgir devant certains aspects du métier, l’acteur possède toujours cette lueur dans le regard, notamment lorsqu’il évoque les sujets auxquels il aimerait éventuellement toucher. Des thèmes ayant en commun une certaine marginalité qu’on peut d’ailleurs entrevoir chez l’homme, tout comme dans sa carrière. 

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