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Cinéma

François Delisle / Le météore : Par-delà les nuages

Après être passé par Sundance et Berlin, Le météore, éblouissant ovni poétique de François Delisle, continue sa trajectoire en territoire québécois.

La genèse du Météore de François Delisle remonte au jour où sa compagne, la photographe Anouk Lessard, lui remet cinq polaroïds, dont l’un représente des nuages. Dès lors, le cinéaste se met au clavier et peu à peu des personnages apparaissent. Tandis qu’elle lui donne d’autres images, il poursuit l’histoire, celle d’un quadragénaire purgeant une peine de prison (François Delisle, voix de François Papineau), qui reçoit chaque semaine la visite de sa mère (Jacqueline Courtemanche, voix d’Andrée Lachapelle), pendant que sa femme (Noémie Godin-Vigneau, voix de Dominique Leduc) tente de refaire sa vie.

«Tout s’est fait graduellement, explique le réalisateur à propos de la scission entre la voix et les acteurs. Si je suis à l’écran, c’est qu’Anouk et moi étions à Cape Cod et il y avait de la brume; on s’est dit que ce serait bien que le personnage principal passe dans l’écran. Là, j’ai compris que le piège venait de se refermer… Tout le long du tournage, je repoussais l’échéance où j’allais me retrouver devant la caméra. Je tournais des paysages, des coyotes, tout sauf moi. En tournant ainsi, ç’aurait été impossible d’avoir un acteur durant deux ans.»

Au départ, Le météore ne devait être qu’un projet parallèle; Delisle n’avait pas encore terminé 2 fois une femme et planchait sur le scénario de ce qu’il espère être son prochain film. Le projet a cependant pris de plus en plus de place. À tel point qu’il y a maintenant un film et, bientôt, un livre. À son dire, le fait de tourner selon un processus non classique lui a été salutaire: «Le météore transpire un peu ce processus-là. J’étais rendu à faire un film comme celui-là. J’avais envie de reconnecter avec mon métier, mon “médium”, de prendre le temps de faire les choses, d’attendre la bonne lumière.»

Déstabilisant sur le coup, le décalage entre la poésie des images et celle du texte évoque tantôt Chris Marker, tantôt Marguerite Duras: «S’il y a quelqu’un, autant sur le plan de la littérature que du cinéma, qui a tracé son sillon, c’est bien elle, et je la respecte énormément. Je pense que Duras est une référence dont je ne peux me sortir. J’ai un souvenir du Navire Night que j’ai vu quand j’étais étudiant. Quand le processus s’est enclenché, c’est évident qu’il y avait une correspondance. Il y a aussi un court film de Maurice Pialat, L’amour existe, où l’on retrouve cette correspondance entre une voix et des images qui n’ont pas nécessairement rapport.»

Afin de pleinement vivre l’expérience, il faut laisser de côté sa rationalité et se laisser guider par ses instincts: «J’aimais la tension créée entre les images; comme ces images de la nature et la scène du viol. Ça crée une tension. Pour moi, ça ne décollerait pas autant si le texte avait été adapté littéralement. J’ai l’impression que ça n’irait pas nous chercher, car étrangement, ça décloisonne le propos, ça l’élargit, le rend un peu plus universel.»

En salle le 8 mars