Dans la maison : Et Dieu créa la femme ordinaire
Cinéma

Dans la maison : Et Dieu créa la femme ordinaire

Qu’il adapte une pièce de Fassbinder (Gouttes d’eau sur pierres brûlantes), de Robert Thomas (8 femmes) ou de Barillet et Grédy (Potiche), François Ozon se plaît à en souligner les origines théâtrales afin de créer une ambiance de huis clos tour à tour sulfureuse et fantaisiste. Il n’échappe pas à la règle dans le cas présent où, mine de rien, il écorche avec finesse les travers des bourgeois et des prolétaires. Se promenant allègrement d’un intérieur à l’autre, brouillant de façon ludique les frontières entre le réel et le fantasme, Ozon fait du spectateur le complice voyeur et un tantinet pervers du jeune narrateur (Ernst Umhauer, prodigieux).

Théorème en mode lycéen aux accents hitchcockiens, Dans la maison est ponctué de dialogues spirituels sur le rôle de l’art et la littérature, la transmission des valeurs et la filiation. D’un humour parfois grinçant, les répliques deviennent dans la bouche de Fabrice Luchini et Kristin Scott Thomas, au parfait diapason, de purs moments de délectation.

Au-delà des beaux mots d’esprit que l’on s’échange et des grands auteurs que l’on cite, Dans la maison n’est pas pour autant dépourvu d’émotion, notamment par l’entremise du personnage d’Emmanuelle Seigner, touchante en ménagère rêveuse. Portée par la musique de Philippe Rombi, qui apporte au tout mystère et mélancolie, cette réflexion décapante sur l’éducation livre au final un triste constat de la vie par procuration.