Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
Sarah préfère la course : Ce cœur qui bat
Cinéma

Sarah préfère la course : Ce cœur qui bat

Avec Sarah préfère la course, son premier long métrage, Chloé Robichaud prouve qu’elle est en pleine possession de ses moyens.

Le cinéma, Chloé Robichaud est tombée dedans lorsqu’elle était toute petite grâce à son père cinéphile. Et très franchement, cela se voit à l’écran. De fait, tant par sa mise en scène sans esbroufe, ses cadrages minutieux que son récit initiatique impressionniste, la jeune réalisatrice de Cap-Rouge fait montre d’une maîtrise étonnante de son art.

Fidèle complice depuis leurs études à François-Xavier-Garneau, la douée Jessica Lee Gagné ne lui nuit en rien avec sa photographie aux tendres tonalités de bleu-gris, lesquelles s’harmonisent parfaitement avec la douce mais opiniâtre héroïne de Sarah préfère la course.

D’une belle retenue, Sophie Desmarais prête sa grâce mutine et ses grands yeux de biche à ce personnage de jeune coureuse de demi-fond qui demeure énigmatique et insaisissable jusqu’à la fin. Et ce, même si toute sa vie est résumée dans le titre… Ainsi, qu’elle soit en présence de sa mère (Hélène Florent), de son beau-père (Benoît Gouin) ou de son entraîneuse (Micheline Lanctôt), Sarah a peu à dire ou à faire, sinon que de penser à battre ses temps sur la piste.

Enfermée dans sa bulle, elle mène une existence tranquille auprès d’un ami qu’elle a épousé (Jean-Sébastien Courchesne) afin d’obtenir les prêts et bourses qui lui permettront de se joindre à l’équipe de McGill, dont font partie deux fières rivales (Ève Duranceau et Geneviève Boivin-Roussy). Son cœur battra toutefois la chamade un soir de karaoké en entendant la chanson-thème de L’initiation, Un jour, il viendra mon amour.

À l’instar de son tendre et hilarant court métrage Chef de meute, on retrouve quelques petites touches d’humour et un tantinet de fantaisie dans ce portrait délicat et nuancé d’une jeune femme face à son destin. Chaque chapitre est annoncé par un proverbe de biscuit chinois, alors que la gaucherie de Sarah lui donne l’allure d’un poisson hors de l’eau – comme dans cette scène d’amour dans la cuisine.

Dépourvu des excès d’un premier film, Sarah préfère la course souffre peut-être justement de cette sagesse. Un peu plus de folie ou de poésie aurait sans doute contribué à rendre l’ensemble moins rigide. De cette façon, la jolie scène de la douche, qui évoque Naissance des pieuvres de Céline Sciamma, où la pudeur l’emporte sur la sensualité, aurait marqué davantage l’imaginaire.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie