Louis Cyr – L'homme le plus fort du monde : La fierté d'un peuple
Cinéma

Louis Cyr – L’homme le plus fort du monde : La fierté d’un peuple

Daniel Roby livre magnifiquement une grande page de la petite histoire du Québec dans Louis Cyr – L’homme le plus fort du monde.

Avec son physique herculéen, sa force tranquille et son charisme indéniable, Antoine Bertrand s’avérait l’interprète idéal pour incarner le mythique homme fort québécois Louis Cyr. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’acteur faisait partie depuis le début du projet, lequel devait être une télésérie en 13 épisodes.

Si talentueux soit-il, un comédien ne peut porter sur ses épaule tout un film. Surtout lorsque celui-ci a l’ambition de faire revivre un homme dont les exploits sont devenus légendaires dans le monde entier, en plus d’illustrer une page sombre de notre histoire peu exploitée au cinéma; Claude Fournier est l’un des rares à l’avoir racontée dans Les tisserands du pouvoir.

De fait, Louis Cyr et sa famille font partie des quelques 900 000 Québécois ayant tenté leur chance aux États-Unis au tournant du 19e siècle. Serait-ce dans l’humiliation de son peuple que le jeune Louis Cyr a puisé la force de se dépasser et ainsi prouver aux siens que les Canadiens français pouvaient se mesurer aux autres peuples? Laissés-pour-compte, travaillant et vivant dans des conditions misérables, les Québécois de l’époque ont certes fait de Cyr une fierté nationale.

Cette fierté, on la ressent dans la mise en scène ample de Daniel Roby. Après avoir brossé un tableau crédible de l’effervescente ère disco dans Funkytown, où se dessinait en filigrane la montée du nationalisme et l’échec référendaire, le réalisateur signe un biopic classique au souffle épique à la hauteur du personnage. Grâce à la direction artistique soignée de Michel Proulx, l’impériale bande sonore de Jorane et la photographie éclatante et chaleureuse de Nicolas Bolduc, Louis Cyr – L’homme le plus fort du monde se révèle un grand film populaire au sens noble du terme.

À l’instar de la solide biographie de Paul Ohl dont il s’inspire, le film de Roby ne lésine pas lorsque vient le temps de dévoiler les tours de force de Cyr. Si par endroits cela paraît répétitif, cela donne également des numéros à couper le souffle, dont cette scène où le Samson de Saint-Jean-de-Matha retient quatre chevaux.

En fait, on pourrait reprocher au scénario de Sylvain Guy (Liste noire de Jean-Marc Vallée, Monica la mitraille de Pierre Houle) de s’intéresser davantage à la bête de scène qu’à l’homme bourré de complexes qu’était Louis Cyr, qui portera toute sa vie son analphabétisme comme un lourd fardeau. Aussi, on aurait aimé connaître davantage sa femme Mélina, qu’interprète avec un subtil mélange de fougue et de réserve Rose-Maïté Erkoreka, et que les personnages secondaires, tels l’entraîneur Gustave Lambert (Gilbert Sicotte) et le promoteur Richard K. Fox (Gil Bellows), soient plus étoffés.

Et surtout, on aurait préféré qu’on laisse tomber la conversation entre Horace Barré (Guillaume Cyr), ami et disciple de Louis Cyr, et la fille de ce dernier, Émiliana (Eliane Gagnon), qui ponctue régulièrement le récit. Bien qu’elle parvienne à créer une certaine tension dramatique, cette rencontre freine inutilement le rythme du film et menace de faire basculer le tout dans le mélo. Heureusement, Daniel Roby veille au grain et Antoine Bertrand triomphe de tout.

En salle le 12 juillet

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