Les amants passagers : Du plomb dans l'aile
Cinéma

Les amants passagers : Du plomb dans l’aile

Dans Les amants passagers, Pedro Almodóvar tourne en rond tandis que les personnages s’envoient en l’air.

Se voulant une métaphore de la situation socio-économique en Espagne, Les amants passagers (Los Amantes passejeros), de Pedro Almodóvar, se présente sous la forme d’un huis-clos burlesque où le kitsch se décline avec panache. Coincés à bord d’un avion attendant la permission d’atterrir, trois agents de bord (Javier Camára, impérial, Carlos Areces, touchant comme un jeune Jacques Villeret, et Raúl Arévalo, hilarant) en font voir de toutes les couleurs aux passagers de la classe affaires à qui ils distribuent généreusement des cocktails à base de champagne, de vodka, de mescaline et de jus d’orange. Afin de s’assurer un peu de tranquillité, le trio infernal aura eu soin d’administrer des anxiolytiques aux passagers de la classe économique.

Alors que le bon peuple roupille, l’équipage et les bourgeois s’amusent en grand. Au programme: beaucoup de turbulences en cabine et dans le cockpit en compagnie des pilotes à la sexualité ambiguë (Hugo Silva et Antonio de la Torre). Parmi la galerie se trouvent notamment Bruna (Lola Dueñas), une médium vierge sentant la mort rôder à bord, un mystérieux Mexicain (José María Yazpik) et une has-been se croyant au cœur d’un complot pour l’éliminer (Cecilia Roth).

Au fil du récit décousu et ultraléger, lequel donne au tout l’allure d’un laborieux film choral, surtout lorsque le réalisateur le ponctue de scènes sans grand intérêt à l’extérieur de l’avion, les passagers laissent tomber les masques… et plus si affinités. Certes, on rigole lorsque les personnages s’échangent d’irrésistibles répliques assassines, la plupart à caractère sexuel souvent aussi crues que jouissives. Toutefois, le brillant cinéaste madrilène nous ayant habitué à des œuvres de plus haut calibre, Les amants passagers, malgré une quelconque flamboyance, fait pâle figure dans sa filmographie.

Ainsi, on aura beau s’enticher immédiatement des trois stewards, qui livrent un mémorable numéro de lipsynch sur I’m So Excited des Pointer Sisters, force est d’admettre que le plaisir fera tôt place à la déception. Avis aux admirateurs de Penélope Cruz et d’Antonio Banderas, réunis pour la première fois chez Almodóvar: ceux-ci se contentent d’un bref tour sur le tarmac.


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