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Cinéma

Les 4 soldats : Les riches et les autres

Libre adaptation du roman d’Hubert Mingarelli, Les 4 soldats de Robert Morin nous entraîne dans un futur peut-être pas si lointain.

Avec des films durs et impitoyables comme Requiem pour un beau sans-cœur, portrait abrasif d’un criminel, Quiconque meurt, meurt à douleur, incursion crue dans une piquerie, ou Petit Pow! Pow! Noël, cruel tête-à-tête entre un homme et son père, Robert Morin a habitué le spectateur à se faire brasser la cage, à en prendre plein la gueule. Avec Les 4 soldats, troublant conte dystopique, le cinéaste en fait tout autant, bien qu’il le fasse tout doucement.

De prime abord, ce film de guerre qui n’en est pas réellement un déroute par le peu d’action s’y déroulant, les apartés face caméra de Dominique la narratrice (émouvante Camille Mongeau), ses longs plans-séquences imposant un lent rythme hypnotique. Sommes-nous bien dans l’univers de Robert Morin? Certainement, et si le coup de foudre n’est pas immédiat pour cette œuvre atypique, celle-ci demeure en nous bien longtemps après que les lumières se soient rallumées.

Alors que Quatre soldats d’Hubert Mingarelli transportait le lecteur en Pologne en 1919 en compagnie de soldats de l’Armée rouge, Morin a campé l’action dans un futur pas si loin de nous dans un décor qui nous est trop familier avec ses grosses cabanes de banlieue. De fait, ce territoire ravagé par la guerre entre les riches et les pauvres où Dominique se lie d’amitié avec le valeureux Matéo (Christian de la Cortina, impétueux), le grand enfant Big Max (Antoine Bertrand, attendrissant) et le discret Kevin (Aliocha Scheider, charismatique), puis le timide Gabriel (Antoine L’Écuyer, sobre), ce n’est pas l’Afrique, ni les Balkans ni même le Moyen-Orient.

À travers le regard tendre qu’il pose sur ces jeunes qui créeront une famille, Robert Morin semble dénoncer en filigrane son dégoût pour le capitalisme sauvage, pour l’irrespect envers notre planète et pour l’individualisme. Afin d’oublier cette guerre qu’ils n’ont pas déclarée, ces camarades de fortune n’auront pour tout refuge que quelques rares vestiges du passé, tel ce lac paisible qu’ils sont les seuls à connaître et cette vidéo d’une femme aguichante qu’ils repassent en boucle sur le téléphone intelligent qu’ils partagent. Dans ces simples petits gestes, Robert Morin illustre éloquemment toute la beauté du monde qui résiste à l’horreur envahissante.

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