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En Compétition au FFM: La maison du pêcheur : Un été à Percé
Cinéma

En Compétition au FFM: La maison du pêcheur : Un été à Percé

Lundi matin avait lieu la première projection de La maison du pêcheur d’Alain Chartrand, long métrage nous ramenant plus d’un an avant la Crise d’octobre.

Campé à Percé à l’été 1969, La maison du pêcheur d’Alain Chartrand retrace la genèse de la cellule Chénier du Front de libération du Québec. Ainsi l’on retrouve Bernard Lortie (Mikhail Ahooja), fils de pêcheur au chômage, fiancé à une modeste employée d’un hôtel (Geneviève Boivin-Roussy), qui se lie d’amitié avec trois Montréalais: les frères Paul et Jacques Rose (Vincent-Guillaume Otis et Benoît Langlais), de même que Francis Simard (Charles-Alexandre Dubé). Militants indépendantistes, tous trois viennent d’ouvrir à Percé une boîte à chansons, La maison du pêcheur, où ils espèrent pouvoir politiser les gens du coin.

Raconté du point de vue de Lortie, dont on assiste à l’arrestation au début du film en couleurs, le récit se déroule en flashback et en noir et blanc: «Si j’ai tourné en noir et blanc, c’est qu’actuellement en Gaspésie, il y a beaucoup de fleurs, d’arbres, mais avant tout était gris, racontait le cinéaste lors de la période de questions suivant la projection. Sur l’Île Bonaventure, c’était vert et lorsqu’il faisait soleil, le Rocher devenait argenté et doré, mais le reste de la Gaspésie, c’était la misère noire. C’est un peuple qui se réveille, qui s’entraide et que le gouvernement a toujours laissé dans la misère. Aujourd’hui, les fils et les filles reviennent en Gaspésie. C’est un très beau pays; la misère s’y est estompée parce que ce sont des gens travailleurs qui ont un esprit de solidarité qui manque beaucoup à Montréal. Allez-y!»

Devoir de mémoire

Ayant hérité de l’esprit combatif de ses parents, Michel Chartrant et Simone Monet-Chartrand, Alain Chartrand ne cache pas qu’il a dû lutter six ans pour tourner La maison du pêcheur. «Il faut être patient et tenace au Québec pour faire des films, pour les financer. J’ai toujours pensé qu’il y avait un trou de mémoire collective parce que l’enseignement de l’histoire s’est peu fait au secondaire et au cégep. Il faut redonner le sens de l’histoire à nos enfants et à nos petits-enfants. Pour faire évoluer une société, il faut connaître son histoire. Avec le scénariste Jacques Bérubé, on trouvait que l’on parlait de ces gars-là comme des terroristes, mais au fond qui étaient-ils avant et pourquoi ont-ils posé ces gestes?», expliquait-il.

«Notre intention, c’était de faire connaître cette partie de l’histoire, ces trois mois qui ont été suivis quatorze mois plus tard d’une crise. Je pense qu’il faut faire quatre ou cinq autres films sur la crise d’octobre: sur la cellule Libération avec les Cossette-Trudel, sur le petit Jean Corbo, 16 ans, qui s’est fait sauter avec une bombe, sur la négociation entre Drapeau, Trudeau et Choquette, sur celle entre Castro et Trudeau, ainsi que sur tous les procès, dont celui des cinq où a été jugé mon père, de même que sur les Miron, Godin et Pauline Julien qui ont été emprisonnés. En octobre 1970, on était comme dans l’Espagne de Franco. C’était épouvantable! Il ne faut pas tourner la page, il faut la comprendre. Ensuite, on la tournera», a-t-il poursuivi.

Rendez-vous avec l’Histoire

Bien qu’Alain Chartrand, Jacques Bérubé et Mario Bolduc ont dû ajouter quelques éléments fictifs pour les besoins du film, ils ont tout de même approché les quatre principaux intéressés afin que la vérité soit respectée. «Paul Rose est mort au mois de mars, a rappelé Alain Chartrand. Il n’a pas vu le film, mais il est venu sur le plateau. Il a apprécié et a compris ce que nous voulions faire. Il a lu le scénario une dizaine de fois et nous a donné des détails précis; c’était un homme généreux, silencieux, à l’écoute des autres, qui a passé 12 ans en prison, puis a travaillé au syndicat pour les enseignants à la CSN. Jacques Rose travaille comme rénovateur; il demeure dans la région de Québec. Il a vu le film et il en est très content. Nous avons envoyé le scénario à Francis Simard, mais il n’a pas voulu le lire. Il nous a dit qu’il en avait fini avec cette époque-là et que nous étions libres de faire ce que nous voulions puisque c’est un geste de création.»

Le réalisateur a poursuivi: «Bernard Lortie demeure à La Prairie où il possède une terre. Il m’a dit que depuis longtemps il ne voulait plus du tout entendre parler de ces événements. Il a passé assez de temps en prison (ndlr: sept ans); il avait 18 ans à l’époque. C’était un illettré qui a cru à ces idées parce que son père, comme bien d’autres pères québécois, avait été trahi en quelque sorte. Les gens, les jeunes aussi, étaient frustrés et en colère à cette époque. L’an passé, les jeunes étaient en colère et on descendu dans la rue; les parents les y ont accompagnés. C’est un geste de solidarité et il en faut au Québec.»

En salle le 13 septembre

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