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Cinéma

Carré rouge sur fond noir : À gros traits

La version intégrale du documentaire Carré rouge sur fond noir, de Hugo Samson et Santiago Bertolino, est aussi pertinente qu’inégale.

Des mois après la crise étudiante, les nerfs sont toujours à fleur de peau à en juger les réactions lors de la première diffusion du documentaire (écourtée de 28 minutes) sur les ondes de Télé-Québec ce lundi. Une commentatrice à la mélancolie facile lançait «Je suis très nostalgique de la grève, des moments avec mes camarades de lutte, etc.» sur Twitter alors que le lendemain un animateur de Radio X semblait rembobiner sa cassette pour dérouler une nouvelle fois inepties et gros clichés sans rien apporter de neuf ou de circonstance. C’est dans cette accalmie apparente – les étudiants sont retournés en classe, les ministres Charest et Beauchamp exercent d’autres fonctions (tout comme les Léo Bureau-Blouin, Gabriel Nadeau-Dubois et Martine Desjardins, d’ailleurs) -, que les réalisateurs Hugo Samson et Santiago Bertolino dévoilent Carré rouge sur fond noir, un regard privilégié, mais tout de même sommaire sur les coulisses de la CLASSE et sur le conflit en cause par la même occasion.

Tout d’abord, les pots: dans une mobilisation riche en vidéos marquantes – les images de manifs de casseroles de Jeremie Battaglia sur fond d’Avec pas d’casque, les capsules de Moïse Marcoux-Chabot, etc. -, le tandem livre un film souffrant d’une direction photo cruellement banale. Côté montage, soit on voulait nous rappeler toute la lourdeur du processus de la démocratie directe – abordée à la blague pendant le film -, soit celui-ci est diablement inégal, croulant sous les longueurs. Parmi celles-ci, notons un passage inexplicable où un membre de Mise En Demeure parle de ses chaussures avant de se rendre à un concert. Saynète sûrement sympathique pour un noyau pur et dur, mais malheureusement inutile au grand public. Autre tare du montage: un recours à la musique – belle, signée René Lussier – pour appuyer dramatiquement et vainement des moments déjà assez chargés (la fameuse boutade sur le Nord de Jean Charest est ponctuée d’un bruit de tambour, l’entrée en scène de Michelle Courchesne est accompagnée d’une trame sonore sombre, etc.). Bref, un carré rouge beurré assez épais, merci.

Puis, les fleurs: bien que les cinéastes ont un biais prononcé pour la CLASSE, on ne verse heureusement pas dans la propagande (même qu’un affrontement particulièrement futile au palais de justice démontre toute l’immaturité que la masse pouvait avoir par moments). Cet accès privilégié donne aussi droit à du très bon contenu comme un regard intime sur les rencontres de la CLASSE (où Nadeau-Dubois affiche une résilience surhumaine, d’ailleurs) ainsi que sur ses stratégies («Je dois avoir l’air repentant», expliquera notamment Nadeau-Dubois alors qu’il rédige un discours en compagnie de son entourage). Aux rouages internes de la coalition s’ajoute également des extraits rarement vus, dont des images saisissantes captées de l’intérieur pendant la fameuse débandade au palais des congrès de Montréal.

Enfin, bien que trop brefs et épars, les tête-à-tête avec les leaders sont particulièrement intéressants. Des heures avant sa démission, GND, présenté tout simplement comme étant «Gabriel», lors d’une des premières assemblées, résumera sa décision, tout sourire, en citant le Joker dans The Dark Knight, rappelant pour un moment que, derrière le personnage médiatique qu’il est devenu au cours du conflit, demeure un jeune homme encore fraîchement sorti de l’adolescence. Loin d’être le documentaire définitif sur cet événement déjà historique, Carré rouge sur fond noir n’aura pas été le bide craint dans un camp et espéré dans l’autre.

En salle dès le 30 août

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