Denis Côté et Stéphanie Morissette : Avec pas d'cash
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Denis Côté et Stéphanie Morissette : Avec pas d’cash

Depuis 2005, où Les États nordiques raflait le Léopold d’or (vidéo) à Locarno, le cinéaste Denis Côté et la productrice Stéphanie Morissette ont grandement contribué au rayonnement du cinéma québécois indépendant à l’étranger.  

En février dernier, à la 63e Berlinale et à quelques jours de recevoir l’Ours d’argent pour Vic + Flo ont vu un ours, Denis Côté se faisait brandir une fois de plus au visage en conférence de presse l’étiquette de «gars de festivals», laquelle sous-entend que le cinéaste a beau briller sur la scène internationale, au Québec, les foules ne se précipitent pas pour voir ses films. S’il déteste qu’on catalogue ses films de «pas pour tout le monde» ou de «à prendre ou à laisser», Côté semble pourtant bien vivre avec son statut de réalisateur indépendant.

«J’ai fait la paix avec ça, confie-t-il. Avec Bestiaire et Vic + Flo, les gens ont commencé à dire « Ça, c’est un film de Denis Côté ». Ça semble banal, mais quand j’entends ça, ça me fait le plus grand bien de ne plus être le gars qui a fait trois films qui filme encore ses références et le cinéphile ancien critique qui copie ses idoles. Tu es quand même un petit peu au top quand tu te fais donner un prix à Berlin et, en même temps, ce prix te dit d’être toi-même. Tu regardes alors les cartes sur la table: en ayant fait un film par année en sept ans, tu gagnes ta vie, tu payes ton loyer, tu fais le tour du monde avec tes films. De quoi pourrais-je vraiment me plaindre? Pourquoi me plaindrais-je d’être un réalisateur indépendant quand je peux en être fier?»

«S’il n’y avait pas les festivals, je pense qu’on n’aurait pas pu continuer à faire des films comme on le fait, croit Stéphanie Morissette qui a produit Vic + Flo en association avec Sylvain Corbeil de Metafilms. Les festivals nous ont donné la reconnaissance qu’il nous fallait pour faire un prochain film. Les institutions comprennent la valeur des festivals. Je n’ai pas de problème avec cette image de fille de festivals, mais parfois on se demande pourquoi on a du succès à l’étranger et de la difficulté à percer au Québec – malgré un accueil favorable dans les médias. En même temps, c’est comme ça pour tous les films.»

Alors qu’elle travaillait aux communications et relations de presse à Excentris, Stéphanie Morissette n’envisageait pas une carrière de productrice. Pourtant, elle a sauté à pieds joints dans l’aventure des États nordiques de Denis Côté. Par la suite, elle ira étudier en production à l’INIS et en 2010, elle fondera La maison de prod. Également membre de la Coop vidéo, elle est productrice de Robert Morin et d’André-Line Beauparlant.

«Je suis productrice indépendante par volonté, car ce n’est pas le chemin le plus évident parce qu’on est vus comme des gens qui font des films pas d’cash, explique-t-elle. Il faut avoir un intérêt et une passion pour ce cinéma afin de vouloir le défendre et le porter. J’ai appris mon métier en produisant des projets un peu risqués où on se débrouillait avec les moyens du bord, où on devait faire preuve d’imagination, où on devait contourner le système non dans l’idée d’être cow-boy, mais parce qu’on n’avait pas l’argent ni les connaissances. D’une certaine façon, j’ai développé ma signature. Par la suite, des cinéastes m’ont approchée parce qu’ils trouvaient que je ne faisais pas les choses comme tout le monde.»

C’est ainsi qu’elle est devenue la productrice des films de Rafaël Ouellet et qu’elle produira le film de zombies de Robin Aubert, les prochains longs métrages de Marie-Julie Dallaire et de Sophie Goyette, de même que l’adaptation de L’homme blanc de Perrine Leblanc. À l’écouter parler de ses projets, on sent tout le respect qu’elle porte aux réalisateurs qu’elle soutient et l’on devine qu’elle n’est pas du genre à exiger la présence de stars à l’écran ni à demander des fins heureuses et rassembleuses.

«Fondamentalement, je ne suis pas interventionniste. À l’époque des États nordiques, on était vus comme des jeunes fous. On débarquait à Locarno avec un film qu’on distribuait nous-mêmes. On essayait des choses et ça a fonctionné. J’essaie de garder ça en tête, car je ne veux pas devenir la productrice qui veut faire son gros film pour ses frais d’administration. De plus en plus, les distributeurs nous demandent d’avoir des trucs exceptionnels, compétitifs, avec un potentiel de box-office. Un film qui gagne l’Ours d’argent à Berlin, c’est très gentil, mais on sait bien que le public québécois ne sera pas nécessairement au rendez-vous. Il faut donc lui donner d’autres arguments, comme Julien Poulin dans Camion, Pierrette Robitaille dans Vic + Flo, Antoine Bertrand dans Les 4 soldats; en même temps, ils étaient les meilleurs acteurs pour le rôle qu’on leur offrait. On ne fait pas exprès de se faire fermer les portes.»

«Je ne suis pas dans une dynamique de frustration, observe Denis Côté. Je ne me bats pas au quotidien, je ne me chicane pas avec les producteurs pour rester moi-même. J’ai de bonnes relations avec les institutions et tant qu’elles sont sensibles à mon cinéma et tant que je suis en paix avec ce que je fais, tout va bien. Je crois que je suis demeuré intègre. Quand j’ai fait Elle veut le chaos, j’étais complètement mêlé. Je pensais avoir mis un paquet de vedettes dans un film et fait un film commercial. J’étais tellement dans le noir que je pensais que j’étais sorti de mes petits films caméra à l’épaule et que j’entrais par la grande porte. Je l’ai eu dans la face! Je ne rêve pas d’aller à Hollywood, même si je ne suis pas anti-Hollywood. Je ne rêve pas d’un film à 10M$. Je ne suis pas attaché au Québec; j’irai où l’on m’appelle, où le cinéma veut de moi. À moins qu’on me prouve que c’est absolument ici que je dois rester.»

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