Pascal Bonitzer / Chercher Hortense : Double vie
Cinéma

Pascal Bonitzer / Chercher Hortense : Double vie

Dans Cherchez HortensePascal Bonitzer livre un réflexion sur la situation des sans-papiers et des minorités invisibles en France.

À la demande de sa femme Iva (Kristin Scott Thomas), Damien (Jean-Pierre Bacri), qui enseigne la civilisation chinoise à des chefs d’entreprise, est contraint de demander à son père Sébastien (Claude Rich), conseiller d’État dont l’agenda est plus que chargé, d’aider une immigrante serbe sans-papier menacée d’expulsion prénommée Zorica. Indifférent au sort de cette jeune femme qu’il ne connaît pas, Damien prendra conscience du danger qui guette les immigrés au contact d’Aurore (Isabelle Carré), qui travaille dans un restaurant embauchant des immigrés serbes.

Sous ses dehors légers et ses dialogues spirituels, Cherchez Hortense aborde par la bande des thèmes graves de société qui préoccupent Pascal Bonitzer (Rien sur Robert): «Mon projet à travers cette comédie sentimentale était de faire une sorte de photographie ou de radiographie de la France, pays un petit peu en déclin économique et culturel – je ne veux pas être trop dépressif – mais aussi traversé par la mondialisation et par la question obsédante et récurrente manipulée par la politique de l’immigration et des sans-papiers», expliquait le cinéaste lors d’un entretien à Paris en janvier dernier.

À l’instar des sans-papiers, les personnages évoluant dans Cherchez Hortense mènent une double vie ou cachent des secrets à leur entourage. Ainsi, Iva s’est créé une vie parallèle dans le monde du théâtre où elle évolue comme metteur en scène; fils raté, mari raté et père raté, Damien n’a rien dans la vie privée du brillant professeur qu’il incarne en classe; quant à Sébastien, Damien sera très surpris lors d’un tête-à-tête au restaurant de lui découvrir des penchants qu’il ne soupçonnait pas.

«L’un des éléments de la fiction, c’était que tous les personnages aient un secret, même le fils de Damien a ses petits secrets. Plus les personnages sont publics, plus ils ont une partie intime qu’ils ont intérêt à préserver et qui est parfois très différente de leur image publique. Il y a aussi ce thème dans le film que je voulais traiter, c’est que la personne qui vous est le plus proche peut parfois vous être totalement inconnue.»

Brillant dialoguiste, Bonitzer fait évoluer des personnages maniant habilement le verbe. Cela n’empêche pas que l’incommunicabilité règne entre tous, sans parler des mensonges qui ponctuent leur propos et dans lesquels ils s’enfoncent: «Le fait de maîtriser le verbe ne touche absolument pas le fait d’être capable de dire la vérité. Au contraire, je crois que plus on maîtrise le verbe, plus on est capable de dissimuler et d’enrober la vérité. En fait, les personnages sont aussi traversés par la question de la vérité qui est tout à fait autre chose que la question d’être capable de parler.»

Clandestins

Il y a quelques années, Iliana Lolic, compagne de Bonitzer et interprète de Véra dans Cherchez Hortense, s’est retrouvée dans une situation semblable à celle de Zorica. Née à Casablanca de mère espagnole et de père serbe, elle s’est retrouvée avec un passeport yougoslave périmé lorsque la Yougoslavie disparut en 1992.

«Il y a un terme qui revenait dans la presse politique et dans les médias, c’était les minorités visibles. Quand les immigrés viennent d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, ils sont d’emblée marqués avec leur caractères ethnique et culturel qui font saillir leurs différences par rapport aux autres, aux Française de base. J’avais envie de dire à travers le personnage de Zorica que les immigrés et les sans-papiers peuvent aussi être vos voisins de palier. La situation dramatique dans laquelle Iliana s’est retrouvée offre plus de possibilités de clandestinité que ceux qui se font contrôler au faciès dans le métro ou dans la rue comme ça arrive très, très souvent. Brusquement, on se retrouve visible.»

Afin d’illustrer le sort qui guette chaque immigrant clandestin, Bonitzer met en scène un contrôle d’identité, scène brutale à laquelle assistent avec effroi les personnages de Bacri et Carré. «Dans la réalité, à Paris, c’est ainsi que ça se passe. D’ailleurs, c’était des vrais policiers dans la scène. Les gens qui ne demandent qu’à vivre normalement peuvent se retrouver dans des situations de clandestinité comme sous l’Occupation en France où il faut fuir comme on fuyait la Gestapo.»

«Le racisme est une réalité malheureusement qui existe et qui fait que sont visés de façon plus immédiate les ressortissants d’Afrique. Les gens qui sont blancs de peau et qui n’ont pas d’accent y échappent en principe. Moi qui suis juif, je sais que le racisme n’est pas quelque chose qui se limite à la couleur de la peau, donc d’une certaine façon, c’est de ça que je traite à travers cette histoire», conclut Pascal Bonitzer.

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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