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Cinéma

Louise Archambault / Gabrielle Marion-Rivard / Gabrielle : Une fille comme les autres

Après avoir conquis le public de Locarno, d’Angoulême et de Toronto, Gabrielle, formidable histoire d’amour d’une fille qui voulait être comme les autres de Louise Archambault, s’apprête à embraser le cœur des Québécois.

À l’instar de Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau dont il reprend la trajectoire, Gabrielle de Louise Archambault provoque les coups de foudre partout où il passe. Si ce déferlement d’amour pour ce feel good movie par excellence est en partie dû à la charismatique et irrésistible Gabrielle Marion-Rivard, jeune femme atteinte du syndrome de Williams qui y crève l’écran, il y a fort à parier que le regard tendre dénué de jugement que la réalisatrice pose sur son héroïne y est aussi pour beaucoup.

«L’une de mes références, c’était Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire avec qui j’ai eu la chance de discuter à Angoulême, confie Louise Archambault. Il y avait une sobriété qui me plaisait dans ce documentaire sur sa sœur autiste; Sandrine ne s’y mettait pas en valeur et jamais elle ne mettait l’accent sur le malheur de sa sœur. En tournant, je me disais que la gang allait m’aider à maintenir le cap.»

La gang, ce sont les membres de la chorale de l’école Les Muses, centre offrant des cours de théâtre, de danse, de chant et de mime aux handicapés intellectuels où Gabrielle Marion-Rivard, qui possède l’oreille absolue, s’est notamment émancipée par le chant. Dans le film, la chorale, à laquelle la réalisatrice a greffé de nouveaux membres, doit préparer deux chansons de Robert Charlebois en compagnie de leur directeur (Vincent-Guillaume Otis) à l’approche d’un concert où doit aussi participer l’interprète d’Ordinaire et de Lindberg.

«Ma gang n’en revenait pas qu’elle allait jouer dans un film et qu’elle allait rencontrer Robert Charlebois. C’était un peu stressant pour nous, alors on a beaucoup pratiqué et c’était incroyable! J’étais contente de rencontrer Robert Charlebois; c’est un gars vraiment cool, gentil. Ce qui était cool aussi, c’est que Gregory Charles nous présentait lors du spectacle. Je n’en revenais pas de le voir là. J’aimerais être comme lui. Je connaissais un petit peu les succès de Charlebois; j’étais très contente de reprendre Ordinaire qu’on avait déjà chanté dans mes cours de chant, mais Lindberg, c’est la chanson la plus dure que j’ai jamais connue!», lance la jeune actrice avec un fou rire contagieux.

Alors que la chorale prépare fébrilement le concert, le cœur de Gabrielle bat pour l’un des solistes, Martin, qu’interprète le bluffant Alexandre Landry, dont la performance n’est pas sans rappeler celle de Leonardo DiCaprio dans What’s Eating Gilbert Grape de Lasse Hallström. «C’était ma référence, confirme Louise Archambault. Quand j’ai su que DiCaprio n’était pas un vrai handicapé intellectuel, je n’y croyais pas. En audition, Alexandre sortait du lot par sa candeur, sa simplicité. Il est beau et n’en joue pas. Il a une grande humanité. Je l’ai envoyé chez Les Muses; durant tout le cours, il a chanté avec eux. Comme dans le film, il est devenu l’un des leurs. Alexandre était connecté sur Gabrielle, la traitait d’égal à égal. Il n’était pas dans le jugement. Par la suite, j’ai appris qu’il avait eu un ami d’enfance qui était un handicapé intellectuel. Il a un regard qui l’aide dans son personnage et il s’y est investi à fond.»

Heureuse d’avoir une grande sœur à l’écran en la personne de Mélissa Désormeaux-Poulin, avec qui elle partage une belle complicité, Gabrielle Marion-Rivard a pu compter sur l’aide de la coach Félixe Ross: «Félixe est une personne incroyable! Elle me répétait souvent de jouer de façon naturelle, comme dans la vie de tous les jours. Elle m’a beaucoup aidée. Gabrielle et moi, on se ressemble: on pourrait être sœurs. Elle aimerait vivre dans un appartement. Peut-être qu’un jour, moi aussi, j’aimerais ça, mais je ne suis pas prête encore.»

Saisir l’instant présent

Bien que l’expérience fut aussi enrichissante pour l’équipe de tournage que pour Les Muses, le tournage de Gabrielle ne fut pas de tout repos, notamment pour Gabrielle Marion-Rivard qui devait porter le film sur ses épaules: «Au début, c’était stressant parce qu’il ne fallait pas que je regarde la caméra et ce n’était pas facile. Ça m’a pris un peu de temps avant d’oublier la caméra. Je me disais: « Fais de ton mieux. Fais ton possible. T’es capable! »»

Pour sa part, Louise Archambault a appris à vivre pleinement le moment présent et à se laisser guider par les moments de grâce qui ont ponctué le tournage. Même si Gabrielle est un film de fiction, Louise Archambault a opté pour une facture documentaire. «Durant le tournage, je ne savais pas comment allait être le film, affirme la cinéaste, mais je savais que je vivais quelque chose de beau et de grand. Ça fait cul-cul, mais c’est vrai. J’avais ce souhait-là, peut-être utopique, non pas seulement de faire un film sur eux, mais de faire un film avec eux. L’expérience a été particulière, avec du lâcher-prise, de l’imperfection, mais humainement tellement riche. Quand on tournait, tout le monde, professionnel ou non-professionnel, était traité de la même façon. On ne compte pas le nombre de câlins et de bisous qu’on a reçus.»

Louise Archambault conclut: «Je voulais éviter le misérabilisme et l’édulcoré et je l’ai expliqué au directeur photo Mathieu Laverdière, à François Lafontaine, qui a composé la musique du film et revisité Ordinaire, et au monteur Richard Comeau. Il y a une similitude entre leurs sensibilités et tous trois ont compris le film. J’ai été choyée.»

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