Khoa Lê / Bà nôi : La dame de Dalat
Cinéma

Khoa Lê / Bà nôi : La dame de Dalat

Prix du pluralisme de la Fondation Inspirit aux Hot Docs et Prix meilleur espoir Québec/Canada aux RIDM, Bà nôi (Grand-maman) de Khoa Lê trace avec tendresse le portrait d’une aïeule colorée tout en livrant une réflexion onirique sur l’identité. 

Ayant quitté le Vietnam alors qu’il n’avait que cinq ans, le documentariste Khoa Lê (Je m’appelle Denis Gagnon) se sent plus Montréalais que Vietnamien. Pourtant, lorsqu’il retourne chez sa Bà nôi (grand-mère paternelle en vietnamien) à Dalat, celui qui approche la trentaine n’a aucune difficulté à renouer avec ses racines vietnamiennes.

«J’ai l’impression d’être plus proche du Vietnam que ma mère l’est, confie Lê au bout du fil. Ma mère n’est jamais retournée au Vietnam et ne veut rien savoir d’y retourner, même si elle est restée proche de notre famille là-bas. Pour elle, ce pays fait partie du passé. Nous, les Vietnamiens, ne sommes pas des gens flamboyants, nous restons très discrets. Dans cette attitude, il y a un désir de rompre avec ce passé de guerre et d’immigration des boat-people. Ce qui m’intrigue, c’est que moi, j’ai eu envie d’aller dans ce pays et de fouiller dans les souvenirs.»

S’étant rendu au Vietnam pour le Nouvel An avec une équipe de tournage, dont fait partie le directeur photo Mathieu Laverdière (Gabrielle de Louise Archambault, Une jeune fille de Catherine Martin), Khoa Lê a profité de cette visite dans sa famille afin de brosser un portrait tendre, intimiste et pudique de sa grand-mère. Fière et coquette nonagénaire, cette ancienne marchande analphabète au tempérament de feu règne en impératrice un tantinet tyrannique dans son appartement coloré où l’on retrouve un autel érigé à la mémoire de son mari. Avec son port de reine, alors que s’affairent autour d’elle sa fille et ses petites-filles qu’elle invective à la blague, elle pose fièrement pour la postérité sans réellement comprendre ce que son petit-fils veut faire avec sa caméra.

«Dans le film, on sent que ma grand-mère n’est pas du genre à se faire contrôler et ce que je trouvais intéressant, c’était d’illustrer cela, de suivre son regard, de me laisser guider par ce qu’elle avait envie de dire, de faire. En ce sens-là, une fois sur deux, c’est elle qui dirigeait le propos de mon film. Je cherchais à préserver les petits trucs banals du quotidien, je ne dirigeais pas la conversation. Je la laissais aller dans toutes les directions et je la suivais. Ce que je trouve beau dans le documentaire, c’est de pouvoir jouer avec cette matière qu’est le réel.»

Portraits croisés

Au-delà de cette touchante lettre d’amour que Khoa Lê adresse à sa grand-mère adorée, le jeune cinéaste se dévoile discrètement. Alors qu’il savoure le temps qui passe en se coupant du monde chez son aïeule, les messages de ses parents, de ses amis et de ses collègues restés à Montréal s’accumulent dans sa boîte vocale.

«En tant que créateur, j’avais besoin de lier ce portrait à quelque chose de plus profond. C’était important que le film se promène dans différents univers parce que c’est ainsi que cela se passe dans ma tête, de même que dans la tête de beaucoup de gens lorsqu’on aborde la question de l’identité. Je fais du cinéma, je suis donc intéressé par l’imaginaire, tant par celui de ma grand-mère que par le mien. Les messages du répondeur représentent Montréal, un lieu abstrait dans le film. Ce n’était pas nécessaire de montrer Montréal, parce que c’est plus difficile de trouver le Vietnamien en moi que le Montréalais.»

Avec ses images empreintes d’onirisme tournées lors des festivités du Nouvel An dans les rues de Dalat et ses voix de Montréal se perdant dans la nuit, Bà nôi s’avère une réflexion sur l’identité célébrant le métissage: «J’avais envie d’aborder cette notion-là de l’origine. Le film se doit de se promener dans ces deux univers-là parce que je crois qu’on est plusieurs choses à la fois. On appartient à des lieux physiques, mais aussi à des lieux imaginaires. Je suis parti de moi, de ce que je connais, et je l’ai ancré dans l’histoire de ma grand-mère. Ce métissage, je trouve cela très beau et je n’arrête pas de dire que le film est très montréalais, car à Montréal, l’une des premières questions qu’on nous pose, c’est "d’où viens-tu?". Tout de suite, on va droit au cœur de la question identitaire et je trouve cela très beau et le film se veut ainsi.»

Les offres culturelles sur Boutique.Voir.ca

Obtenir plus d’argent pour voir des spectacles? OUI C’EST POSSIBLE!