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Cinéma

Au bonheur des ogres : Un air de famille

Adaptation fidèle mais lourdaude du roman de Daniel Pennac, Au bonheur des ogres de Nicolas Bary se révèle un délice visuel d’un ennui mortel.

Une adaptation fidèle d’un roman charmant au grand écran est-elle un gage de qualité? Pas nécessairement et ce n’est pas tout à fait le cas d’Au bonheur des ogres de Nicolas Bary (Les enfants de Timpelbach). Certes, le jeune cinéaste a respecté à la virgule près les dialogues pleins de fraîcheur de Daniel Pennac et l’essence fantaisiste de ce roman noir où un mystérieux terroriste tente d’éliminer des gens reliés à une sombre histoire d’enlèvement d’enfants. D’entrée de jeu, le lecteur du roman se retrouvera avec bonheur en terrain connu. Mais alors, qu’est-ce ne va pas?

Dès que la machine se met en marche, le spectateur sera séduit par la transformation de la Samaritaine qui, après avoir été ressuscitée dans Holy Motors de Léos Carax, revit sous l’appellation Au Bonheur Parisien que gère d’une main de maître le guindé Sainclair (Guillaume De Tonquédec) et où évolue Benjamin Malaussène (Raphaël Personnaz, évoquant à la fois Dewaere, Grant et Chaplin).

Qu’y fait au juste ce pauvre Benjamin, qui vit dans un appartement bordélique avec sa demi-soeur Louna (Mélanie Bernier) et toute la smala que leur a laissée leur maman à qui il raconte des histoires à dormir debout? Rien de moins que bouc émissaire! Autre détail à ne pas négliger: Benjamin a le don de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Ainsi, alors que les fêtes approchent, le grand magasin, qui regorge de 1001 produits à faire rêver les consommateurs de tous âges qui s’y entassent, devient le théâtre d’attentats à la bombe. Soupçonné d’en être l’auteur, Benjamin devra compter sur l’aide d’un gardien de nuit bienveillant (Emir Kusturica) et d’une journaliste coquine (Bérénice Bejo) afin de prouver son innocence.

Tandis que personnages se dépêtrent dans cet univers lourdement décalé, l’ennui s’installe ferme chez le spectateur. Sans doute obnubilé par le délice visuel des décors, Bary, qui piétine dans les plates-bandes d’un Jeunet ou d’un Burton, semble avoir négligé le capital humain de l’entreprise. De fait, la mise en scène ne sert qu’à mettre en valeur la splendide direction artistique au détriment des acteurs. Par moments, on se sent presque embarrassé lorsque Personnaz et Bejo se retrouvent l’un en face de l’autre tant la chimie n’opère pas entre eux, comme s’ils cherchaient d’une scène à l’autre le ton juste. Et ce n’est pourtant pas le talent qui leur manque!

Alors que le roman possède un rythme primesautier, le film de Bary se déroule laborieusement, perdant ainsi peu à peu sa douce folie. Au final, Au bonheur des ogres se révèle si mécanique et si désincarné que ni la trame romantique ni l’intrigue policière, maladroitement liées l’une à l’autre, ne se révéleront captivantes. Et ce n’est pas un petit caméo de la grande Isabelle Huppert en fin de partie qui va faire oublier tout ça!

En salle le 21 février

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