Tom à la ferme de Xavier Dolan : Les faux-semblants
Cinéma

Tom à la ferme de Xavier Dolan : Les faux-semblants

En adaptant Tom à la ferme, pièce de Michel Marc Bouchard, Xavier Dolan s’est donné un genre qui lui sied parfaitement: le thriller.

Concepteur publicitaire de Montréal, Tom (Xavier Dolan) se rend à la campagne afin d’assister aux funérailles de son amant et confrère Guillaume. À son grand étonnement, il constate qu’Agathe (Lise Roy, d’une justesse inouïe), mère de Guillaume, croit que son fils avait une liaison avec une dénommée Sara (Évelyne Brochu, vulgaire à souhait), préposée aux photocopies à l’agence où il travaille. Pour ajouter à son malheur, Francis (Pierre-Yves Cardinal, sombre et menaçant), frère aîné de Guillaume, fait tout en son pouvoir pour que la liaison entre les deux hommes ne soit connue de personne.

Adaptation de la pièce de Michel Marc Bouchard, qui a collaboré au scénario, Tom à la ferme s’avère sans contredit le film le plus abouti de Dolan, qui affine son art d’un long métrage à l’autre (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence Anyways). Au service du texte de Bouchard, le réalisateur de 25 ans décloisonne avec fracas le huis clos par une mise en scène ample lors de scènes extérieures – rarement les champs de blés n’auront parus aussi magnifiques que mystérieux, puis alterne judicieusement plan serrés et plans larges lors des scènes intimistes où l’atmosphère est à couper au couteau.

Tirant brillamment profit de la photographie soignée d’André Turpin et de la trame sonore diablement efficace de Gabriel Yared, Dolan s’amuse habilement avec les codes du thriller et du film d’épouvante afin de mettre en relief les travers de cette famille dysfonctionnelle frappée d’ostracisme par la communauté. En cadrant de très près le visage des acteurs, Dolan et Turpin traduisent parfaitement l’impuissance et le désarroi de ces personnages prisonniers d’un monde hostile et oppressant.

Thriller psychologique anxiogène sur fond d’amours malheureuses, de deuils douloureux et d’homophobie, Tom à la ferme illustre avec un savant mélange de brutalité, de sensualité et de lyrisme la relation malsaine, voire toxique, qui se développera entre Tom et Francis. Tous deux à leur manière chercheront chez l’autre les réminiscences du disparu comme en témoignent les scènes d’une troublante poésie du corps-à-corps violent dans les champs de blé et ce tango dans l’étable.

Dirigeant d’une main de maître ses acteurs, faisant montre lui-même d’un bel aplomb dans le rôle-titre, Dolan fait la part belle à son père, Manuel Tadros, dans l’une des scènes les plus mémorables du film, celle où Tom apprend d’un barman l’un des terribles secrets de la famille de Guillaume. D’une durée de huit minutes, tranchant audacieusement avec le rythme de l’ensemble, celle-ci étonne tant par sa simplicité d’exécution que par sa puissance d’évocation. Par cette seule scène, Xavier Dolan confirme-t-il non seulement son talent de cinéaste, il prouve que bien qu’il murisse et s’assagisse, son cinéma demeure l’un des plus originaux de notre cinéma.

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