Marie-Hélène Cousineau / Uvanga : Sous le soleil de minuit
Cinéma

Marie-Hélène Cousineau / Uvanga : Sous le soleil de minuit

Dans Uvanga de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu, une Montréalaise retourne à Igloolik afin de faire découvrir à son fils métis de 14 ans ses racines. 

Alors que Le jour avant le lendemain, dernier volet de la trilogie d’Igloolik (Atanarjuat de Zacharias Kunuk, The Journals of Knud Rasmussen de Norman Cohn et Zacharias Kunuk), nous transportait en des temps ancestraux à la rencontre d’une femme et de son petit-fils luttant pour leur survie après la mort des habitants de leur communauté, Uvanga (signifiant «moi-même» en inuktitut) nous fait découvrir le Igloolik d’aujourd’hui.

«Les gens d’Igloolik étaient excités de faire un drame contemporain, se rappelle Marie-Hélène Cousineau. Pour beaucoup, c’était leur premier rôle à l’écran. Avant le tournage, qui a duré cinq semaines, on a fait des ateliers avec les acteurs. Les dialogues ont été travaillés lors d’ateliers d’improvisation.»

Campé durant la période du soleil de minuit, Uvanga met en scène une Montréalaise, Anna (Marianne Farley), qui retourne à Igloolik avec son fils de 14 ans, Tomas (Lukasi Forrest), afin qu’il rencontre ses grands-parents et son demi-frère (Travis Kunnuk). Tandis que son fils s’initie à la culture de son père, Anna tente d’élucider le mystère autour de la mort de ce dernier: suicide, accident ou meurtre? D’un habitant à l’autre, les versions diffèrent.

«C’était important pour Madeline Piujuq Ivalu et moi de faire le film à ce moment-là parce que tu es toujours exposé, en pleine lumière. En plus, au Nord, c’est très minimaliste comme décor. Quand les gens se promènent dehors, tu ne peux rien voir d’autre. L’environnement a un impact sur la mise en scène; je ne peux pas demander autre chose aux acteurs que d’être là, puisque la lumière est constamment sur eux.»

Même si le film est baigné par la lumière naturelle d’Igloolik, Uvanga n’en est pas moins un récit tissé de zones d’ombres, une peinture douce-amère d’une société où les femmes ont plus de facilité à embrasser la modernité que les hommes, dont le désarroi est illustré à travers le personnage de Barrie (Peter-Henry Arnatsiaq), le dernier à avoir vu vivant le père de Tomas.

«Les femmes ont plus de facilité à s’adapter; pour les hommes, c’est un peu plus compliqué de définir leur statut de pourvoyeur dans un contexte moderne. Le taux de suicide chez les hommes inuits de 15 à 25 ans est 13 fois plus élevé que chez les autres Canadiens. L’an passé au Nunavut, il y a eu 45 suicides pour une communauté de 30 000 habitants. Tout le monde à qui je parle a été affecté par ça et on retrouve ça en filigrane dans le film», admet Marie-Hélène Cousineau, qui prépare un documentaire sur le suicide chez les Inuits.

Au-delà de la détresse que les réalisatrices racontent à travers le récit de cette famille vivant dans le souvenir du disparu, Uvanga rend aussi compte de la force des liens du sang: «La famille est super importante dans cette culture-là; jusqu’à il n’y a pas longtemps, la structure familiale formait la société inuit. Les gens vivaient en petites cellules. Encore aujourd’hui, les gens se réunissent par famille. C’est pour ça que mes films tournent toujours autour d’histoires familiales.»

Dans un désir de dépeindre avec justesse cette société, les deux cinéastes ont opté par endroits pour une approche documentaire. Ainsi, les scènes de chasse d’Uvanga en sont de véritables… au risque d’en choquer quelques-uns.

«En ce moment, au Nunavut, la chasse aux phoques est un sujet d’actualité parce que Ellen DeGeneres a reparti la bataille contre la chasse aux phoques. Pour les Inuits, un peuple maritime, la chasse aux phoques est au cœur de leur culture; ils en mangent, s’en vêtissent. C’est un animal important pour leur survie, point.»

En vidéo: 5 objets inspirants pour la comédienne Marianne Farley