Come Worry With Us : Précarité, mon amour
Cinéma

Come Worry With Us : Précarité, mon amour

Avec Come Worry With Us, la cinéaste Helene Klodawsky livre une rare incursion dans un groupe local culte: Thee Silver Mount Zion.

Trois années après Malls R Us, un documentaire déconstruisant le centre d’achat, Klodawsky récidive — si on veut — avec Come Worry With Us (2013), une œuvre explorant des changements de paradigmes aussi familiaux qu’artistiques alors que les nouveaux parents Jessica Moss et Efrim Menuck — tous deux membres du collectif post-rock montréalais Thee Silver Mount Zion — tentent l’expérience de la tournée en compagnie de leur nourrison Ezra.

Disons-le d’emblée, une certaine mystique a toujours plané autour de l’orchestre tanguant autant vers la gauche en musique qu’en politiques internes. Ainsi, malgré la fameuse crise de l’industrie du disque, Thee Silver Mount Zion s’affaire à maintenir ses billets de concert abordables en plus de partager les cachets — et les nouvelles dépenses entraînées par la location d’un bus de tournée et l’embauche d’une gardienne — à parts égales entre les membres du collectif. 

Ici, la fameuse aura vole en éclats. Klodawsky et son équipe se glissent autant en coulisses que dans l’allée de l’autobus en plus de s’introduire subrepticement chez le couple Moss-Menuck qui, bien que chaleureux, ne cache pas que la venue du charmant poupon a un impact sur les finances — déjà précaires — ainsi que sur leur indépendance artistique alors que Moss se sent voguer jusque dans «l’infâme» rôle de la «femme au foyer» pendant que Menuck, lui, mène Thee Silver Mount Zion et participe à une tournée de l’équipage Godspeed You! Black Emperor pour, notamment, subvenir aux besoins de sa famille.

Outre ces confessions jugées «indignes» sur la place publique, d’autres tabous sont également abordés par la bande sans avoir l’air trop forcés. Ainsi, une conversation entre Moss et sa voisine — Natalia Yanchak, membre des mythiques The Dears et mère — débouche en discussion sur le sort «ingrat» qu’on réserve aux musiciennes dans la trentaine avancée — alors qu’une participation à un festival résulte en une rencontre avec Julie Doiron, auteure-compositrice-inteprète canadienne réputée, qui s’épanche sur sa propre relation ambiguë entre ses rôles de mère et d’artiste avec la franchise désarçonnante que ses fans lui connaissent. 

Menuck, de son côté, muse sur l’apprivoisement du rôle de père pourvoyeur — lui qui a vécu une enfance malheureuse — ainsi que l’état actuel de l’industrie musicale en faisant fi des clichés misérabilistes l’entourant (un exploit en soi, certes).

Techniquement, Come Worry With Us est également surprenant. Évidemment, la trame sonore — composée de pièces de l’ensemble — est tripative alors que la direction photo, elle, est incroyablement saisissante, tant dans les gros plans cernant les détails qui en disent long (la main de l’un caressant le coude de l’autre, un regard amoureux entre deux citations, etc.) que dans le quotidien (la scène où Moss, aussi artiste visuelle, paquette le matériel d’un atelier qu’elle s’apprête à délaisser pour économiser et passer plus de temps auprès du petit à la maison) est tout particulièrement cinématographique tout en demeurant organique. 

En dépit d’un montage parfois brouillon, Come Worry With Us s’avère être une œuvre coup de poing en plus d’être le documentaire musical local le plus pertinent des dernières années. Bravo.

À l’affiche du Cinéma du Parc (avec sous-titres en français) les 16, 17 et 18 mai. Détails sur comeworrywithus.ca et cinemaduparc.com.

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