Denys Arcand / Le règne de la beauté : Une belle coquille vide
Cinéma

Denys Arcand / Le règne de la beauté : Une belle coquille vide

Dans Le règne de la beauté, esthétisant mélodrame romantique tournant à vide, Denys Arcand revit sa jeunesse à travers celle des trentenaires. 

Respectivement architecte et monitrice de sport, Luc et Mélanie (Éric Bruneau et Mélanie Thierry) mènent une vie de rêve dans leur superbe demeure dans la magnifique région de La Malbaie. Qu’ils jouent au golf, au tennis, qu’ils skient, ils ont toujours l’ensemble parfait, comme Ken et Barbie, qu’ils évoquent avec leur physique plastique plus qu’enviable. Or, madame est au coton et monsieur se laisse tenter par une liaison avec une jolie Torontoise (Melanie Merkosky) qui lui fait les yeux doux lors d’un colloque dans la Ville reine.

À la conférence de presse, au lendemain d’une première où Le règne de la beauté avait été accueilli tièdement, Denys Arcand expliquait ainsi le caractère esthétisant de son dernier-né: «À cause de la nature du métier du personnage, le film vire dans l’esthétisme. C’est donc devenu une préoccupation de tous les plans, de toutes les séquences. Un architecte ne s’habille pas n’importe comment; il y a même un livre là-dessus: Architects Wear Black. Il n’a pas n’importe quelle serviette, il n’utilise pas n’importe quel club et ainsi de suite. On s’est pris à ce jeu-là, ce qui a donné ce film-là.»

Outre la beauté des acteurs, des paysages et de l’architecture, dont celle de Pierre Thibault, la splendide photographie de Nathalie Moliavko-Visotzky n’est certes pas étrangère à l’époustouflante facture visuelle du film: «On est toujours surpris de voir les films qu’on fait. Je fais les films que je peux et non que je veux. Il y a tellement de paramètres différents qu’on ne contrôle pas quand on fait un film. On est aussi tributaires des acteurs et actrices qui se révèlent à l’écran.»

Alors que Toronto y apparaît si séduisante qu’elle pourrait provoquer le syndrome de Stendhal chez le spectateur, ce trop-plein de beauté risque aussi de l’ennuyer. Il faut dire que contrairement aux libidineux intellos du Déclin de l’empire américain, le couple et leurs amis (Mathieu Quesnel, Magalie Lépine-Blondeau, Marie-Josée Croze et Geneviève Boivin-Roussy) ont bien peu à dire lorsqu’ils ouvrent une bonne bouteille ou allument un pétard… Et lorsqu’ils se retrouvent au lit, aucune trace de sueur, aucun pli dans les draps: on pose plus qu’on ne baise, comme dans un magazine en papier glacé. Est-ce ainsi que le grand cinéaste voit les trentenaires?

«Même quand je travaillais avec mes vieux amis, comme Pierre Curzi et Rémy Girard, je n’ai jamais eu l’impression de décrire une génération. J’ai pris des jeunes comédiens, mais de là à dire que je vais peindre le portrait d’une génération, ce n’est pas mon but. Je ne sais pas si c’est fidèle ou non à cette génération-là, mais j’ai l’impression que oui. On fait souvent des distinctions entre les générations, mais je pense que les gens ont les mêmes appréhensions et inquiétudes. En discutant avec eux, je me suis rendu compte que j’étais exactement comme eux au même âge», a-t-il avoué, en précisant qu’il n’y avait pas vraiment de part autobiographique dans Le règne de la beauté.

À l’affiche le 15 mai


Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie