Le vrai du faux : Une comédie dramatique amusante et juste
Cinéma

Le vrai du faux : Une comédie dramatique amusante et juste

Avec leur troisième collaboration en tant que productrice et réalisateur, Denise Robert et Émile Gaudreault voient probablement en Le vrai du faux un potentiel de succès estival du cinéma québécois, et il est possible que cette paire gagne son pari.

Stéphane Rousseau incarne le réalisateur Marco Valois avec un certain brio. Réalisateur de copies québécoises de la série Rapide et dangereux, le cinéaste est prolifique, intense, hyperactif, névrosé. Quand un autre de ses admirateurs meurt au volant d’une voiture, inspiré par la série de films qu’il réalise, Valois décide d’effectuer un gros changement de carrière. De films valorisant une conception hollywoodienne de la vitesse et de l’aventure, il veut se concentrer sur un sujet plus douloureux pour en faire un documentaire: le syndrome post-traumatique ressenti par les soldats à leurs retours de mission.

Bien que la psychologue Rachel Duguay (interprétée par Julie Le Breton, froide, précise et juste) ne lui soit pas de grande aide, il saura retracer un de ses patients et s’immiscer dans la vie du soldat troublé Éric Lebel, interprété par Mathieu Quesnel, confortable et intense dans son rôle. En effet, le film s’inspire de la pièce de théâtre Au champ de mars de Pierre-Michel Tremblay (qui signe la co-scénarisation ici) et Quesnel a joué Éric Lebel plus d’une soixantaine de fois au théâtre.

C’est peut-être grâce à sa familiarité avec le personnage que son premier rôle majeur lui va comme un gant, mais c’est aussi peut-être grâce à un talent indéniable qui lui permet de partager la vedette avec Stéphane Rousseau et Guylaine Tremblay, qui interprète la mère hyper-sensible et troublée d’Éric, sans jamais fausser le ton.

D’ailleurs, dans un monologue hilarant, Guylaine Tremblay plonge dans un discours décousu composé d’amour, de mépris, de regret, d’optimisme et de tristesse. La performance est si juste et éloquente, si comique, qu’elle en a inspiré un applaudissement public spontané lors de la première du film à la Place des arts, en plus d’avoir inspiré ce même applaudissement sur le plateau, selon le réalisateur.

Cette seule scène, un bijou de deux minutes, synthétise le rythme total du film, qui joue assez habilement entre l’humour et les tons plus sérieux, plus graves, apportés par le stress post-traumatique d’Éric, sans toutefois jamais tomber dans la conscientisation, la moralisation ou le jugement: il n’y a qu’illustration.

Bien que ce moment spécifique soit particulièrement notable, les performances dans ce long métrage d’Émile Gaudreault, un réalisateur qui considère faire «des films d’acteurs» et qui a signé Mambo Italiano, De père en flic et Le sens de l’humour, sont toutes relativement impeccables: Stéphane Rousseau est névrosé, rapide, volubile et un plaisir à voir aller, Julie Le Breton sait exactement quand se retirer et quand briller, Normand D’Amour incarne parfaitement le père silencieux et Charles-Alexandre Dubé, qui incarne Antoine Lavasssani, un jeune bureaucrate végétarien irritant, dévoile un magnifique sens de la livraison.

C’est dans leurs dynamiques improbables, incongrues et inappropriées, que tous ces acteurs créent des moments délicieux. Le réalisateur s’efface au maximum pour ne montrer que l’histoire de ces comédiens, et ils la portent avec merveille. On ressent un certain plaisir, une certaine fébrilité sur le plateau, qui se traduit de plan en plan dans cette comédie dramatique qui saura, peut-être, conquérir le cœur du public québécois cet été.