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Cinéma

Yves Saint Laurent : Le bourreau et la victime

Avec le drame biographique Yves Saint Laurent, Jalil Lespert plonge dans la part sombre du créateur magnifié.

Décédé en 2008, le créateur, designer et artiste Yves Saint Laurent fascine toujours autant, aujourd’hui. Près d’une cinquantaine d’années de carrière l’ont propulsé aux plus hauts sommets, mais l’ont aussi fait chuter de haut et brutalement, à quelques reprises.

Dans cette nouvelle fiction, librement adaptée du livre du même titre de Laurence Benaïm, c’est le talent du maître, bien sûr, sa gentillesse et sa timidité qui sont mis de l’avant, mais aussi – et surtout – son côté angoissé, maniaco-dépressif, destructeur – autant pour lui que pour son entourage.

Incarné – parce que c’est bien de cela qu’il s’agit – ici par Pierre Niney (juste et aux multiples visages), Saint Laurent est suivi à partir de 1957, alors qu’il devient très jeune le directeur artistique de la maison Christian Dior – à la mort de ce dernier. Saint Laurent a pourtant aussi été remercié de cette maison de haute couture qui l’a vu naître en tant que grand créateur, alors qu’il est appelé à se battre lors de la guerre d’Algérie et qu’il passe plutôt un séjour en psychiatrie.

On le suit auprès de son amie, complice et muse, la mannequin Victoire Doutreleau (Charlotte Le Bon, coquine) et ensuite dans les premiers pas de ses amours avec Pierre Bergé (Guillaume Gallienne, assuré), puis dans leur relation d’affaires qui a chapeauté toute leur vie commune, minée par la toxicomanie de Saint Laurent.

C’est dans ce contexte qu’on découvre un Saint Laurent qui n’a rien d’un enfant de choeur, avec ses dépendances, ses troubles. Narré par un Bergé amoureux mais réaliste, le drame se joue entre Paris, Oran – d’où est originaire le jeune prodige – et Marrakech, où l’homme découvrira les plaisirs de la vie qui lui seront quasi fatals.

Niney passe aisément d’un Saint Laurent plastique, peu habité, à un créateur bouillant d’émotions, ce qui confère au film une belle polyvalence, un signe indéniable d’une adaptation à l’évolution du personnage qu’était Saint Laurent. Gallienne en Bergé est dur, lui aussi bouillant de vie et de colère, mais qu’on comprend protecteur, voire contrôlant, selon certains proches du créateur.

Tout en émotions et en sensualité, le long métrage de Lespert s’enlise parfois dans une certaine confusion scénaristique, mais s’entoure tout de même d’une superbe trame sonore signée Ibrahim Maalouf où le jazz est bien présent, mais aussi des succès pop et rock des années soixante et soixante-dix – et même un joli anachronisme, avec la pièce Lighthouse du montréalais Patrick Watson. Yves Saint Laurent mérite que l’on s’y attarde surtout pour saisir l’envers du décor, l’envers du talent de celui qui a révolutionné le monde de la mode moderne.

En salle le 15 août

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