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Festival du nouveau cinéma 2014

FNC / Félix et Meira : Une entrevue avec Maxime Giroux

Imaginant l’amour impossible d’un Québécois francophone et d’une Juive hassidique dans les rues enneigées du Mile-End, Maxime Giroux offre un film touchant, aussi intimiste que social, avec Félix et Meira. Premières bribes d’entrevue en marge du FNC.

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VOIR: Vous proposez dans ce film un rare regard sur la communauté juive hassidique montréalaise, tentant de montrer ce qui se passe derrière les portes closes de la communauté. Quelle recherche cela a-t-il nécessité? Comment vous y êtes-vous pris?

Maxime Giroux: «Je fais toujours des films sur des gens que je ne connais pas mais que j’ai envie de connaître; la même démarche a motivé mon précédent long métrage Jo pour Jonathan. Or, entrer à l’intérieur de la communauté juive hassidique n’est pas une mission facile. Même à travers les livres, on n’en a qu’une vision tronquée. L’histoire de Deborah Feldman, une hassidique qui a volontairement quitté sa communauté et s’est racontée dans un livre, fait un peu écho à notre scénario mais nous ne l’avons lu que bien plus tard dans notre processus. Ce livre a en plus été contesté aux États-Unis: certains disent que ce n’est pas une vraie ex Juive-hassidique. Tout ça est toujours très mystérieux, c’est difficile de connaître le vrai du faux. Je me suis donc promené à vélo, je suis entré dans les synagogues, en feignant naïvement de ne pas savoir que je n’y étais pas le bienvenu, et je me suis mis à rencontrer des Juifs Hassidiques à New York et Montréal. Quand j’ai commencé le processus, j’avais plein de préjugés. J’étais défavorable à cette communauté, comme beaucoup de Québécois déconfessionnalisés. Le contact n’était pas toujours évident, mais j’ai rencontré des gens avec un sens de l’humour incroyable et un sens de la fête évident. Plus j’avançais dans le processus et plus je voyais leur profondeur, une spiritualité que je n’ai pas, un sens de la communauté – mais en même temps je continuais de trouver aberrant de les voir enfermés, contraints à ne jamais pouvoir vivre autrement. Le film témoigne de tout cela, je pense.»

VOIR: Plusieurs comédiens du film sont eux-mêmes des anciens Hassidiques. Comment leur expérience a-t-elle nourri le scénario?

Maxime Giroux: «On avait déjà écrit le film quand on a trouvé des acteurs, mais leur expérience a nourri le tournage. On a fait un film plus dramatique à partir de là. Au départ, on avait écrit quelque chose de plus comique, un peu loufoque. Mais en discutant avec les acteurs on s’est aperçus que c’était une posture intenable. Quitter une communauté juive hassidique est une grosse décision, irrévocable et courageuse. On en sort sans éducation, sans d’argent, sans amis, complètement laissé à soi-même. Sans compter qu’une vie vécue dans la religion depuis l’enfance, ça ne s’efface pas du jour au lendemain. Ça prend une force incroyable, ça prend du courage, un peu de folie. C’est un film sur le courage de vivre en accord avec soi.

VOIR: C’est un film d’amour mais c’est aussi un film social, qui offre une perspective rare sur Montréal. Que raconte-t-il sur nous, sur l’identité québécoise, à votre avis?

Maxime Giroux: «On voit dans ce film le paradoxe de deux communautés qui doivent vivre ensemble et qui, ni d’un côté ni de l’autre, ne font les efforts nécessaires pour se retrouver au milieu. Je pense que dans une société pluraliste comme la nôtre, il faut faire un pas vers l’Autre. C’était important pour moi de mettre en scène un Québécois francophone, qui représente une société gâtée qui a laissé de côté du jour au lendemain ses valeurs spirituelles et familiales, pour le faire se confronter au sens de la communauté des Hassidiques. On est une société perdue, quand même, et je voulais mettre ça en relief. D’un côté une société avec trop de repères, trop de règles, et de l’autre une société gâtée, libre, qui est paradoxalement complètement désorientée.»

 

Le 16 octobre à 19 h au Cineplex Quartier Latin et le 18 octobre à 15 h à l’UQAM, Pavillon Judith-Jasmin Annexe (Ancienne cinérobothèque de l’ONF)

 

Sortie en salles en 2015 (nous vous en reparlerons!)