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Festival du nouveau cinéma 2014

Force majeure : Peur et tremblements

Dans les Alpes françaises, une avalanche vient perturber le repas d’une famille suédoise en séjour de ski. De là déboulent une crise de couple et un drame psychologique cinglant, Prix du jury de la section Un Certain Regard à Cannes, qui porte la marque de Ruben Östlund, un des cinéastes européens les plus brillants du moment.

Photo de famille sur la montagne. L’air est aux réjouissances pour Tomas (Johannes Kuhnke), Ebba (Lisa Loven Kongsli) et leurs deux enfants. Et pourtant, semble poindre un grain de sable dans l’engrenage. Il y a ces petites explosions régulières, volontairement programmées pour contrôler les avalanches, qui font sursauter la mère. Il y a la noirceur qui engouffre les pentes, le soir venu. Il y a cette sonnerie insistante, qui installe déjà l’idée du téléphone tel un reproche. Et les brosses à dents électriques du clan, presque couplées aux archets de la musique fiévreuse de Vivaldi, rythmant par à-coups, et avec un sens affûté du suspense ordinaire, la lente dissection d’une famille tout ce qu’il y a de plus parfaite.

En quelques minutes à peine, la table est mise pour une proposition ambitieuse de simplicité. Et si, devant le danger, l’homme moderne était plus apte à sauver son iPhone que ses propres enfants? Attend-on de lui un super héroïsme à la Marvel? Le vrai courage consisterait-il à admettre ses torts? D’une lâcheté soudaine – devant l’avalanche, Thomas s’enfuit au lieu de protéger sa progéniture –, le cinéaste suédois tisse une vaste toile de réflexions sociétales et intimistes sur les pressions, indues ou non, d’un groupe sur l’individu, et encore plus sur la pression qu’il s’ajoute lui-même.

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En quatre longs métrages, dont le très réussi Play sur les mécanismes d’intimidation, Ruben Östlund creuse les mêmes sillons, riches de sens et questionnant nos petites et grandes désillusions. La peur serait-elle hissée bien haut dans notre système de valeurs? Ou notre nombril y occupe-t-il bêtement une trop grande place? D’une grande intelligence, l’homme invite le spectateur à plonger dans son œuvre, prenant toujours soin de ne pas répondre en toutes lettres aux épineuses questions qu’il soulève. Il en va ainsi de son plus récent effort, admirablement interprété, divisé en cinq jours de plein air pour le moins étouffants et bénéficiant de nombreux plans-séquences – ses premières amours de réalisateur de «films sportifs» le servent visiblement.

Scénariste allumé, Östlund pimente le portrait d’ensemble d’un humour décalé, comme en témoignent la mésentente sur l’identité du plus bel homme du bar ou les apparitions inadéquates du concierge au regard louche. Le rire est jaune, mais apaise les tourments. Pendant que l’hiver prend des allures menaçantes et qu’un joujou téléguidé apparaît tel un ovni sur les montagnes endormies. Le brouillard s’intensifie. L’été de Vivaldi aussi, rappelant que le danger est souvent plus intérieur qu’on ne le croit.

Force majeure, présenté dans la section Panorama (18 octobre à 19h10) au FNC
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