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Cinéma

Birdman : Une fébrilité collective et contagieuse

Keaton, Norton et Stone révèlent leurs super-pouvoirs de comédiens immensément talentueux au profit d’une oeuvre originale signée Alejandro González Iñárritu.

Birdman captive dès les premières secondes d’un plan-séquence qui ne finira qu’à la dernière image de ce film vivant et bouillonnant d’énergie, profitant de la vitalité et de la fébrilité d’acteurs de talent qui s’amusent visiblement dans un projet unique se moquant intelligemment d’une culture des super-héros et du règne de l’instantané.

Qui de mieux placé que Michael Keaton pour interpréter Riggan, un acteur déchu ayant interprété le fameux Birdman dans le passé mais depuis relégué aux oubliettes de la conscience collective, qui ne l’interpelle que sporadiquement pour des selfies nostalgiques. Keaton a, évidemment, interprété Batman dans le film du même nom de Tim Burton, avant que les films de super-héros ne deviennent la vache à lait apparemment inépuisable des studios en quête de blockbusters. Sa version du héros costumé fait partie d’un passé lointain et quasi obsolète, comme Birdman.

Voulant replonger dans le regard de la foule et des critiques, Riggin adapte et met en scène What we talk about when we talk about love, de Raymond Carver, et un accident commode l’oblige à engager Mike (Edward Norton), un comédien populaire, arrogant, fier et particulièrement talentueux qui risque de lui voler la vedette tandis que la première approche à grands pas. Edward Norton a dit de Birdman que c’était le film le plus amusant et délirant sur lequel il n’ait jamais travaillé, et venant d’un acteur ayant travaillé aux côtés de Wes Anderson, David Fincher et Danny DeVito, ce n’est pas peu dire.

Et bien que Michael Keaton et Edward Norton soient sublimes, hilarants et généreux de leurs corps, c’est la brillante Emma Stone qui vole la vedette du film avec une performance subtile et intelligente qui se traduit, dans une scène où elle confronte agressivement son père déchu, par un monologue senti sur la pertinence et la quête de sens à l’ère des réseaux sociaux et du rapport étrange entre la célébrité et l’anonymat. Son visage se transforme, captivant, profitant de ce jeu de caméra qui se rapproche dangereusement et sans pitié de ses acteurs, faisant fi des rides, des cheveux blancs, des veines, du poil mal rasé.

Et puisqu’on parle des acteurs, un détail pourra nous faire comprendre le caractère non-orthodoxe de cette comédie critique et humaine: Zach Galifianakis y joue le straightman. Et ça marche.

La force de Birdman frappe dès les premières secondes du film, tandis que le rapprochement tranquille vers un Michael Keaton en sous-vêtements blancs se transforme en promenade accélérée dans les coulisses d’un théâtre à la veille de représentations importantes, la fébrilité d’une avant-première traversant visiblement l’écran pour atteindre un spectateur trop habitué à des codes cinématographiques standardisés qui, ici, ne seront pas respectés, au profit d’une histoire touchante et d’un traitement original d’Alejandro González Iñárritu, qui nous a donné Amores Perros, Biutiful et Babel, entre autres tours de forces cinématographiques.

La fin est un peu regrettable, en ce sens que le procédé narratif qui pousse Riggin à explorer la frontière entre la réalité et l’imagination est exploité à trois reprises de manière consécutive, tandis que la suspension de l’incrédulité du spectateur est mise à rude épreuve pour une bien piètre récompense cinématographique. L’élan grandiose de cet effort hilarant et courageux s’essouffle dans les dernières minutes, mais n’enlève rien à ce parcours original qui joue merveilleusement bien avec les notions du temps, du conflit, de la quête de sens et de l’égo. Une perle.  

En salles le 31 octobre à Montréal et le 7 novembre dans le reste du Québec

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