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Cinemania 2014

Les combattants : Toute personnelle fin du monde

Premier long métrage réjouissant, qui a tout raflé à la dernière Quinzaine des réalisateurs, Les combattants de Thomas Cailley décoiffe allègrement, comme si la nouvelle comédie française rencontrait Stéphane Lafleur et Wes Anderson.

Ils ont la jeunesse pimpante, et pourtant ils sont englués par la lassitude de l’été. Tout de même, le discret Arnaud (Kevin Azaïs) réfléchit, avec son frère aîné, à prendre la relève de l’entreprise de menuiserie de son défunt père. Madeleine-la-maussade (la tornade Adèle Haenel) s’entraîne plutôt à se muscler le corps et l’esprit, en vue de s’engager dans l’armée de terre. Sur une plage d’Aquitaine, leurs routes se croisent lors d’un «cours de protection-défense» et les voilà forcés de se taper dessus pour faire connaissance.

À la fois récit initiatique, comédie romantique et film apocalyptique à petite échelle, Les combattants surprend de maintes façons, en variant et les teintes et le ton. Avec son frère David Cailley à la direction photo, Thomas Cailley s’amuse à basculer des couleurs enveloppantes de la saison chaude au vert forêt qui vous happe dans l’aventure militaire jusqu’au gris cendré qui vous tombe sur la tête, pour mieux renouer avec la lumière. Ces changements distincts s’opèrent en douceur et marquent les audaces d’un scénario qui ne s’assoit jamais sur son habileté.

C’est que du béguin d’Arnaud pour Madeleine naît une valse-hésitation amoureuse qui n’a rien d’un romantisme éculé. Sans émotion apparente, si ce n’est une colère qui ronronne, la demoiselle n’est guère émue par ce furet qui se noie dans sa piscine et avertit Arnaud, qui s’apprête à l’adopter, qu’un animal, «ça s’attache pas». On ne sait trop alors si elle parle d’elle-même. Vient l’armée, le deuxième recruteur au pays après McDo (!), que veut fréquenter Madeleine pour apprendre à survivre, persuadée que l’extinction de l’Homme les guette.

Pour ne pas la perdre de vue, Arnaud délaisse le bois pour un camp de formation dans un régiment. Si on tourne finement en dérision les excès du lieutenant, qui lance de fausses grenades dans la cafétéria pour aiguiser les réflexes des troupes, ce segment n’existe pas pour nourrir une caricature idéologique, mais bien pour révéler les personnages à eux-mêmes, autant dans leur manière de négocier avec l’autorité que dans l’art sensuel du camouflage. De là s’articule le dernier virage du film, le plus délicat, un touchant exercice de survie. «On est sous-équipés, c’est cool», de dire Madeleine.

La réussite des Combattants, brillamment rythmé par la musique du groupe Hit’N’Run, tient non seulement à la finesse de son scénario, mais aussi à la fraîcheur de son humour culotté, qui fait se côtoyer macroéconomie et poussins congelés. Entre dialogues ciselés, rites de passage renouvelés et malaises féconds – voir cette discussion sur les points fidélité à la quincaillerie –, on tombe en amour avec cette jeunesse soudainement désengluée, incarnée par deux fougueux interprètes. Et on reste désarmé, sous le charme d’un de ces films lumineux qui savent raviver la flamme.

Présenté le 11 novembre à 19h et le 12 novembre à 12h45 au Cinéma Impérial dans le cadre de Cinemania; En salles le 14 novembre

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