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Cinemania 2014

Party Girl : Tristes noces

Presque docufiction, centré autour du personnage d’une hôtesse de cabaret de la frontière franco-allemande, Party Girl tient plus des lendemains qui (dé)chantent que de la fête endiablée.

Tout de même, Angélique (Angélique Litzenburger, très engagée, dans son propre rôle) aime à boire et à danser, malgré sa soixantaine bien sonnée. Ce sont d’ailleurs ses collègues qui la prient d’aller se coucher et qui vont presque la border. Elle semble avoir consacré toute sa vie à ce cabaret folichon, à mener pour la forme – et pour le plaisir, il faut le dire – une opération séduction. Est-ce la solitude issue du célibat ou de la famille éclatée, allez savoir, mais on perçoit chez elle une certaine lassitude. Jusqu’à ce qu’elle renoue avec Michel (Joseph Bour), un vieil habitué qui se verrait bien l’épouser.

Récipiendaire de la Caméra d’or, distinction remise au meilleur premier long métrage du Festival de Cannes, toutes sections confondues, Party Girl a ceci d’unique et de chaleureux qu’il met en scène la famille et au premier chef la mère d’un des co-réalisateurs, l’acteur Samuel Theis. Avec ses amies cinéastes Marie Amachoukeli et Claire Burger, il dirige non seulement ses proches, frère et sœurs, mais aussi toute une bande d’acteurs non-professionnels de la région de Lorraine. Chacun y tient un rôle tout près de sa personnalité et tiré, à peu de choses près, du bagage familial du clan Theis-Litzenburger. 

Brouillant les cartes de la vérité, sans pour autant chercher à la distordre, ce drame de mœurs donne lieu à quelques élans de tendresse et d’émotion pure. Pleine de bonhomie, la demande en mariage de Michel à Angélique fait sourire immanquablement: «Épouse-moi… On n’a plus beaucoup de temps, ça passe si vite.» Cette urgence d’aimer se traduit aussi dans la maladresse d’Angélique au moment de répondre au questionnaire du célébrant. Au fait, qu’aime-t-elle au juste chez Michel? Son grand cœur, son argent, voire ses sentiments pour elle? Elle en doutera elle-même. Il y a là une réflexion pertinente sur la passion et la vie à deux en mode âge mûr, mais on sent que le film est ailleurs.

Les moments les plus prenants sont visiblement les plus délicats, ceux qui paraissent affleurer la réalité avec respect et en toute franchise. On pense à cette scène où, après une dispute avec son fiancé, Angélique se réfugie au cabaret récemment délaissé et flirte avec un jeune homme accoudé au bar. Le tout dégénère et les mots sont lâchés, douloureux, empoussiérés, quelque chose comme «Je suis pas une pute» ou encore «Moi, j’étais la star, ici»… Tout un passé ressurgit; la dignité en prend pour son rhume. Mais plus encore, dans la foulée du mariage à venir, ce sont les retrouvailles avec sa plus jeune fille, placée en famille d’accueil depuis une dizaine d’années, qui provoquent le choc le plus palpable. Et la tristesse s’emmêle à l’amour inconditionnel.

La presse française a évoqué plus d’une fois la filiation entre Party Girl et le cinéma de John Cassavetes, entre autres pour ce goût marqué pour l’improvisation. Notons à ce titre une belle camaraderie chez le groupe d’effeuilleuses. Plusieurs scènes du film ont en effet été tournées à partir de canevas, laissant libre cours aux interprètes de replonger dans leurs souvenirs, desquels faire éclore les dialogues et les silences les plus éloquents. Et c’est là que le bât blesse, car les ficelles de l’impro dépassent ça et là. Ça pourrait n’être que gaucherie attendrissante, mais en émane plutôt un inconfort; l’aisance de chacun à se prêter à l’exercice apparaît alors à géométrie variable. Cette méthode de création, nécessairement à risques, crée ici plusieurs zones de flottement où le spectateur est tenu à l’écart, comme s’il n’était pas tout à fait convié aux festivités, mais plus encore à la mise au monde d’une Angélique nouvelle. Dommage, car on ne demandait qu’à adopter cet intrigant personnage.

Party Girl (Sortie en salle le 21 novembre)

*Aussi présenté le 13 novembre à 17h et le 16 novembre à 19h15 au Cinéma Impérial, en clôture de Cinemania.

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