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Ceux comme la terre / Nicolas Paquet : Nommer le monde
Cinéma

Ceux comme la terre / Nicolas Paquet : Nommer le monde

Peuple inconnu, peuple muet et territoire vastement occulté par les médias, les Dénés vivent majoritairement dans les Territoires du Nord-Ouest. Le documentariste Nicolas Paquet (La règle d’or) leur rend visite dans son plus récent documentaire, Ceux comme la terre.

Le père Oblat René Fumoleau débarque là-bas en 1953. Il s’y rend pour prêcher la bonne nouvelle. Ce sera plutôt lui qui se convertira à la façon de voir le monde des Dénés, plus proche d’une cosmogonie lui convenant et plus près de la nature. Son livre Aussi longtemps que le fleuve coulera est un essai et une prise de position en faveur du peuple Déné et de son histoire récente, faite de violence et de colonialisme brutal. C’est un livre unique qui donne une version de l’histoire racontée du côté amérindien.

«Ce film est né pour donner suite à ma rencontre avec les écrits de René Fumoleau, explique Nicolas Paquet. Son écriture a allumé l’étincelle nécessaire à mon projet et m’a donné envie d’explorer les Territoires du Nord-Ouest. Je savais dès lors que les histoires de Fumoleau serviraient à dresser un pont nous permettant d’entrer dans la vie du peuple Déné, une nation qui est presque totalement inconnue ici au Québec. »

Nous voici donc sur ce territoire majestueux qu’est le Nord, sur les rives du bien nommé lac des Esclaves, dans le petit village de Lutselk’ E., qui est le point de mire du documentaire.

«Nous avons décidé de nous concentrer sur un village. On aime filmer un microcosme particulier plutôt qu’aller à droite et à gauche en s’éparpillant. Le film est bâti comme une ballade dans un village où nous rencontrons tour à tour différentes personnes comme autant de voix pour donner une perspective à la grande histoire de ce peuple.»

Nicolas Paquet filme ainsi plusieurs habitants de ce petit village d’à peine quatre cents âmes et déjoue habilement les représentations habituelles de l’homme indigène. Dans son documentaire, nul problème de consommation excessive ou propos misérabilistes ne seront mis en scène. Le film de Paquet met plutôt de l’avant la prise de parole et la reprise d’identité. Le jeune Deneze Nakehk’ o est ainsi le porte-étendard d’une nouvelle génération qui renoue avec la tradition et tente de faire la paix avec le passé tout en intégrant cette histoire coloniale.

«Deneze est vraiment un homme brillant et un grand conteur. La scène du film où nous partons ensemble boire un thé sur une île perdue au milieu du Grand lac des Esclaves fut le moment le plus facile à tourner. Son discours sur son peuple et d’où il vient coulait de source et n’avait pas à être découpé.   La façon dont il a de situer son peuple et sa famille dans l’histoire récente est extrêmement éloquente. Il ne victimise personne et garde la force de poursuivre le dialogue avec le monde.»

C’est exactement ce qui ressort du documentaire; une volonté de reprendre le contact, de mieux se connaître pour finalement apprendre à vivre ensemble. Voilà qui, ces jours-ci, est fortement remis en doute. Un film à voir en famille.

 

Du 30 janvier au 5 février 2015 au Cinéma Excentris à Montréal (avec des invité(e)s chaque soir)
Disponible sur Ex centris en ligne
Le 10 février 2015 au Cinéma Paraloeil, Rimouski

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