Ne manquez rien avec l’infolettre.
Cinéma

Cañada Morrison (Sciences naturelles) : Que fleurisse Lila

Derrière un titre alambiqué qui n’a rien à voir avec l’unifolié, Cañada Morrison – Sciences naturelles se présente tel un road-trip classique et initiatique, mais dans les montagnes et vallées argentines.

Premier long métrage de Matías Lucchesi, qui magnifie avec humilité les paysages de son pays, Cañada Morrison est également le nom du village plutôt anonyme où les deux protagonistes atterriront, non sans s’être égarées quelque peu en chemin. Il y a Lila (charmante Paula Hertzog), la douzaine d’années bien sonnées, un peu garçon manqué, qui ne cesse de vouloir déserter le pensionnat; et Jimena (Paola Barrientos), professeur de sciences naturelles qui prend la petite sous son aile, jusqu’à mentir à la direction de l’école pour partir sur la route avec elle. C’est que Lila fait une fixation sur l’identité du père qu’elle n’a jamais connu, et son enseignante semble être la seule adulte à vouloir légitimer sa démarche. La chasse au paternel est ouverte, avec pour seul indice une plaquette en cuivre, sans nom ni adresse.

Le film pique notre curiosité dès le départ, avec cette enfant à cheval dans la steppe. L’horizon semble vaste et gorgé de promesses. Puis la voilà en classe, pour mieux apprendre les rudiments de la germination, même si elle a oublié sa plante à la maison. Le ton est intrigant, mais le tout s’essouffle rapidement tant le récit s’avère cousu de fil blanc, condensant en 70 minutes quelque 400 kilomètres et deux ou trois rencontres symboliques. Pour une aventure aussi chargée de sens, c’est à peine si on perçoit le temps qui passe, la transgression du départ improvisé et la libération d’avoir trouvé certaines réponses obsédantes. L’enjeu initial est éloquent, mais l’enquête qui en découle ne convainc guère; les témoins et les acteurs des événements ne nous apprennent rien de plus qu’on ne sait déjà – ou alors qu’on a deviné – sur Lila et son alliée Jimena.

Heureusement, l’intérêt premier de Cañada Morrison réside dans le caractère attachant et déterminé des deux demoiselles, qui sauve la mise de ce film gentillet. Les deux interprètes sont au diapason et affichent une réelle complicité. Mais plus encore, leurs personnages développent une amitié qui dépasse rapidement le rapport d’autorité, comme si Jimena devenait une mère de substitution pour Lila, avec toute la tendresse et le support que cela devrait comporter. Aussi, le moment venu, l’enseignante aura la sagesse de laisser son élève seule face à son destin, une façon comme une autre de reconnaître sa maturité. Quant aux sciences naturelles, voilà une piste lumineuse trop peu exploitée, qui aurait facilement pu être alimentée par la curiosité de la fillette, dont le regard est happé par une luciole dans la nuit ou par la flamme du soudeur.

Au final, outre les splendeurs dissimulées dans les montagnes de Cordoba et dans la vallée de Traslasierra, on retiendra la figure de Lila qui s’épanouit enfin, telle une rose des vents. Si on comprend que le film ait pu remporter l’an dernier le Prix Génération, remis par le jeune public de la Berlinale, pour ses valeurs et son héroïne inspirante, on ose croire qu’il mérite mieux encore que cette chronique argentine proprette où rien ne dépasse.

En salle le 13 février

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie